Archive for août 2009

Livre : n’habite plus à l’adresse indiquée

31 août 2009

Livre – N’habite plus à l’adresse indiquée. Maurice Grosman avec François Taillandier. L’Archipel, mars 2009.

Qui imaginerait que derrière l’enseigne de diffusion de vêtements Celio se cache une des épouvantables tragédies de la Deuxième guerre mondiale ? Or le fondateur de Celio, Maurice Grosman a été la victime d’une telle tragédie. Presque classique, dirions-nous. Enfance dans une famille juive d’origine polonaise, dans un quartier modeste de Paris. Disparition de la famille entière dans le gouffre de la Solution finale. Jusque là, d’une certaine manière, une histoire désormais trop classique.

Sauf que Maurice Grosman a survécu à tout. Peut-être et même sûrement parce qu’il a été malade, une tuberculose osseuse qu l’a contraint à une hospitalisation durant toute la guerre. Malade, au fond du trou, il a survécu à tout grâce à une fantastique volonté de survie.

Allusion directe en fin de livre à la théorie de la résilience, du dr Boris Cyrulnik : cette référence a valeur d’explication majeure. Il a survécu parce que, peut-être, il a été mieux armé que les autres pour se battre.

Le livre est sympathique, se lit d’un trait dans une journée. Il n’échappe pas à certains clichés, et même à certaines invraisemblances quant aux connaissances de l’adolescent sur le monde en guerre alors qu’il était ficelé sur son lit d’hôpital. Qu’importe : on comprend mieux.

Grosman est aujourd’hui retraité, plusieurs fois grand-père. D’une certaine manière il a réussi sa vie.

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Livre : les Falsificateurs

30 août 2009

Antoine Bello, Gallimard 2007. Il lui faut lier ce livre à sa suite « L’Eclaireur » (2009), mais que je n’ai pas encore lu.

L’auteur, Antoine Bello, est au moins aussi singulier que son livre. Ou bien son roman n’est-il que le reflet de lui-même.

On rappelle l’argument : une mystérieuse et tentaculaire organisation internationale, la CFR, falsifie des événements historiques, sans qu’on sache très bien pourquoi. Ni les personnages, ni les lecteurs. Ces falsifications pèsent sur l’histoire. En soi, l’idée est géniale, et la première falsification racontée est passionnante, et même fascinante : comment ressuciter et sauver le peuple bochiman en Afrique du Sud. C’est habile, convaincant, émouvant. Bello aurait dû circonscrire son roman à cette histoire emblématique.

Malheureusement, peut-être emporté par son goût pour les « Wargames » ( simulation de situations stratégiques, également appelée Kriespiel) Bello se croit obligé de multiplier les scénarios, de moins en moins convaincants à mesure qu’il avance. Et surtout les explications idéologiques dans d’interminables développements assomants.

Pourquoi ? J’ai compris vers la fin : partisan de Sarkozy tout en déclarant sa flamme pour Obama, écrivain-homme d’affaires installé à NY, Bello a surtout à coeur de démontrer la supériorité du modèle économique hyper libéral qui est le moteur de la mondialisation. Le moins qu’on puisse dire est que sa démonstration manque de légèreté. Autre conséquence inévitable : pions dans un jeu d’échecs planétaire ses personnages ne sont que des silhouettes, des marionnettes qui ne parviennent pas à vivre. Bello ne raconte pas une histoire, il étale ses convictions.

Film : Inglorious Basterds, Tarantino

23 août 2009

Inglorious Basterds, un film de Quentin Tarantino, 160 minutes.

Avec Brad Pitt, Christoph Waltz (grand prix d’interprétation à Cannes, 2009), Mélanie Laurent, Diane Kruger et une belle brochette de seconds rôles :  Mike Myers, Daniel Brühl, Eli Roth, Michael Fassbender, Til Schweiger, Julie Dreyfus, Léa Seydoux, Maggie Cheung, Anne-Sophie Franck, Rod Taylor, Samuel L. Jackson

inglorious-basterds-poster-1L’histoire est connue : durant la Seconde guerre mondiale l’OSS a confié à une bande de malfrats parachutés en France le soin d’exécuter le plus grand nombre possible de nazis, dans des conditions telles que la légende de cette équipe doit terroriser les Hitlériens. La partie majeure de leur mission consiste à « faire sauter » un cinéma de Paris où Hitler, Goebbels et autre Borman doivent assister à la projection d’un film de propagande « L’orgueil d’une Nation ». Face à face ces abominables voyous de série Z, une pure jeune fille juive – Mélanie Laurent – prête à se sacrifier d’une part, et d’autre part un colonel S.S., Lauda, surnommé le « chasseur de juifs », un ignoble inspiré du personnage d’Eichmann.

Le comédien autrichien Christoph Waltz se taille là un rôle fascinant d’un criminel de guerre d’une absolue ignominie, malheureusement pas très éloigné de la réalité.

Les membre su commando sont tous juifs sauf le chef qui est un trafiquant d’alcool italien, mâtiné d’Indien Apache. Tous féroces et sauvages, même le chef.

Comme Tarantino n’aime pas la dentelle, ça nous donne un spectacle dégoulinant de sang et de mauvais sentiments, dont l’objectif principal est de tourner en dérision Hitler et sa clique traités comme des pantins hystériques. En forçant à peine le trait de la réalité.

Ce qui ne manque pas de surprendre : le traitement est celui d’un opéra bouffe, mélangeant la

tragédie et la comédie grinçante. J’irai même jusqu’à écrire comme une BD divisée en chapitre titrés comme au temps du cinéma muet… En vérité, les références cinématographiques sont si omniprésentes qu’il faut être pratiquement un critique averti de cinéma pour relever toutes les allusions. Il n’est d’ailleurs pas anodin que l’un des personnages, un officier Anglais, soit lui-même censé être un critique de cinéma.

On est en pleine culture américaine, dominée par le principe que face au crime s’impose la Vengeance confiée à des mains privées, au détriment du pouvoir judiciaire régalien, privilège de l’Etat.

Un film peut-être un peu trop intello, donc. Mais d’une grande beauté au demeurant. Un scénario qui ne laisse pas un instant pour respirer comme il se doit avec Tarentino, même si certains séquences un peu trop théâtrales peuvent agacer.

Reste le problème principal posé par cette œuvre. Un problème majeur d’éthique. A-t-on le droit de rigoler avec Hitler, la Deuxième guerre mondiale, les persécutions contre les Juifs, la Shoah ? Dont le principe est ici retourné puisque dans la scène finale montrant le châtiment des méchantissimes nazis, tout se termine dans les feux de l’enfer, holocauste inversée.

Certains se montrent choqués par ce parti pris de Tarantino.

Je ne partage pas cette réserve : dans un temps comme aujourd’hui où le nazisme n’a pas fini d’exercer sa fascination, il me paraît bien et bon que les icônes de cette idéologie soient balayées par le ridicule et la dérision.

Il fallait l’oser. Tarantino, très engagé, l’a osé.

Témoignage : la promesse de l’Aube, Gary

18 août 2009

Témoignage. La Promesse de l’Aube, Romain Gary. Gallimard et folio. 1960

Oui, je le sais, j’aurais dû lire ce bouquin depuis longtemps. Mais je me méfiais. comme je me méfie toujours des « témoignages personnels ». J’avais tort. Il n’y a pas de texte plus émouvant,plus profond, plus drôle. Et, en fin de compte, plus romanesque que ce récit de Romain Gary où il raconte sa vie tumultueuse à travers les rapports compliqués avec sa maman. Une Juive russe un peu mythomane, prête à tout pour que son fils chéri et unique devienne quelqu’un.

Elle a réussi. Il est devenu quelqu’un. Ecrivain, lauréat de deux prix Goncourt sous deux noms différents. Héros de la deuxième guerre, quoiqu’il en dise. Diplomate. Et en même temps il a tout raté car s’il est devenu grand, il n’est pas devenu le plus grand. Il s’est donc suicidé.

Melnitz, roman

11 août 2009

Melnitz, par Charles Lewinsy, Grasset 2008. Traduction de l’allemand.

J’ai lu avec un peu de retard ce gros roman (780 pages, serrées) écrit par l’écrivain suisse allemand Charles Lewinsy. Et j’ai hésité à en rendre compte comme d’un roman. Evidemment, l’apparence est celle d’un roman : il y a une histoire – celle de la famille Mejier, installée dans le canton de Zurich depuis une date non déterminée. Il y a des personnages. Des événements. Et, pour autant, pas vraiment un roman : surtout une série d’épisodes mal reliés entre eux, comme les grains d’un chapelet, « animés » par des figures qui ne vivent jamais vraiment. Ce n’est pas le propos de l’auteur. Il veut surtout nous expliquer l’envers de la société suisse aux 19° et au 20° siècles, une société où l’antisémitisme ne cesse d’affleurer. Et je dois dire que Lewinsky n’y va pas de main morte. Il nous défrise même totalement quant à la soi-disant neutralité de la Suisse, notamment pendant la deuxième guerre mondiale. Elle n’a accueilli les réfugiés qu’au compte-gouttes. Et l’auteur révèle l’émergence d’un mouvement pro nazi, le Front, prêt, peut-être, à accepter une Anschluss des cantons germanophones avec l’Allemagne hitlérienne.

Mais, presque contre sa volonté, Lewinsky a eu une idée : confier le rôle du récitant omniscient à « L’oncle Melnitz ». Un oncle qui présente la particularité d’être mort et de hanter les vivants. Comme si l’écrivain avait appris à écrire un roman en l’écrivant, ce personnage singulier et cette fois réellement romanesque, ne prend son essor que dans le dernier chapitre, après des apparitions passagères ici ou là. Lewinsky a raté une occasion. Mais, je le répète, son propos n’était pas vraiment le roman, cette saga n’était qu’un prétexte pour étaler une face noire de la Suisse.