Archive for octobre 2009

Roman – La forêt des Mânes- Jean-Christophe Grangé

25 octobre 2009

Roman – Un nouvel opus de Jean-Christophe Grangé, la forêt des Mânes, Albin Michel, septembre 2009.  Depuis « Le vol des cigognes« , son premier roman publié en 1994 chez Albin Michel, inspiré par un reportage, en passant par « Les rivières pourpres » et cinq autres romans, Jean-Christophe Grange applique avec rigueur sa formule : une enquête précise et approfondie, le développement d’une fiction à partir de cette recherche, autour d’un thème qui tourne désormais le plus souvent autour de la folie. Avec un goût non dissimulé pour l’horrible et les pratiques démoniaques.

La Forêt des Mânes est l’application stricte de cette recette. Avec un bel art du conte, de la mise en scène. Une écriture souvent brutale qui va le plus souvent au-devant de l’effrayant et de la frayeur. Ici : la vie d’une juge d’instruction de Nanterre, une série de meurtres assortis de pratiques cannibales. L’autisme pour le versant folie, les épouvantables tortures développées par les généraux argentins durant la dictature…

C’est surtout la métaphore de la plongée dans l’enfer ténébreux de nous-mêmes, le parcours initiatique de Jeanne, l’héroïne, vers la connaissance profonde de soi. Un parcours tempétueux, terrible. Mais au bout duquel elle retrouve la vie après avoir été obligée de tuer le monstre, monstre et fils du père. Illustration d’une des grandes théories freudiennes sur la nécessité de tuer le père pour trouver la vraie vie.

Pour le reste, il ne faut rien raconter de ce livre sauf à le déflorer, et ce serait dommage.

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Livre, document : Force à la loi

25 octobre 2009

Force à la loi, Laurent-Franck LIENARD, 251 pages, Editions Crépin-Leblond, juin 2009

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Présentation par l’éditeur : Policiers nationaux et municipaux, gendarmes, douaniers, militaires, agents de sécurité des transports, tous participent au maintien de l’ordre public en exposant leurs vies. Tous sont armés, ou susceptibles de l’être. Très peu sont réellement formés à affronter cette douloureuse obligation d’avoir à tirer sur un individu. Moins nombreux encore sont ceux qui savent ce qui suivra l’usage de leur arme et la manière dont il faut s’y préparer. Il n’y a malheureusement pas de solution miracle dans cette matière difficile, mais certaines clés peuvent être apportées pour favoriser l’issue d’une telle expérience. L’ouvrage de Laurent-Franck Lienard est un véritable guide de procédure opérationnelle à la disposition des personnes en charge de la sécurité de notre pays. Il apportera des réponses concrètes et précises aux nombreuses questions que tout agent de la force publique est en droit de se poser. Loin du politiquement correct, ancré dans la réalité, ce livre commence là où la théorie s’arrête.

L’auteur : avocat atypique, diplômé de l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure, officier de réserve de la Gendarmerie Nationale, maître de conférence à l’ENSP et à l’ENSOP, mais aussi formateur juridique des Groupes d’Intervention de la Police Nationale, de la Gendarmerie Nationale et de la Marine Nationale, Maître Lienard se bat depuis presque 20 ans aux côtés des forces de l’ordre et des victimes d’agressions. Il est membre de l’Association internationale des instructeurs de tir de police (IALEFI) et Master Instructor Taser.

Livre : Nicolas, sa première maîtresse

22 octobre 2009

C’est la grande info du jour que nous sert Gala, l’incontournable magazine des people, un papier repéré par Bruno Roger-Petit.

Anne-Marie Laroche-Verdun, la première maîtresse de Nicolas s’est répandue dans un livre pour raconter ses aventures avec le Président, aux Editions Fizzi. Elle revendique l’honneur de lui avoir appris à écrire. Ah bon, il sait écrire ? En tout cas, il ne sait pas écouter.

Vous l’avez compris : cette dame a été sa première maîtresse… d’école, au cours Saint-Louis. Car, bien sûr, Mon Président n’a jamais fréquenté la moindre école publique. Saint-Louis, puis le collège Sainte Croix (de Neuilly).

Il était une fois un petit écolier qui rêvait d’être le plus grand… Il avait quatre ans et demi, et déjà Sarkozy perçait sous Nicolas. Blabla. Pour une fois qu’on ne parle pas de Jean, Papa devrait être content.

« J’ai été la première maîtresse de Sarkozy », Anne-Marie Laroche-Verdun, Editions Fizzi

Gaza, le Grand mensonge

18 octobre 2009

Un musulman préface et soutient « Gaza le grand mensonge », le livre de Claude Moniquet gaza-mohamed-sifaoui-soutient-le-livre-de-moniquet

Pas d’interdiction pour un livre sur la femme du Président tunisien

13 octobre 2009

Selon l‘AFP (01/10/200) la justice française a débouté l’épouse du président tunisien, Leila Trabelsi, qui demandait l’interdiction d’un livre à paraître comportant, selon elle, des passages diffamatoires à son encontre. Dans « La régente de Carthage », les journalistes Nicolas Beau et Catherine Graciet évoquent le « rôle déterminant » de l’épouse du président Zine El Abidine Ben Ali dans la gestion de la Tunisie et dénoncent « le silence complice de la France ». L’ouvrage est publié aux éditions La Découverte et tiré à 18.000 exemplaires, a été mis en vente jeudi.

Leila Trabelsi, épouse Ben Ali, demandait l’interdiction de la publication et de la diffusion de l’ouvrage ainsi que le retrait des exemplaires déjà en circulation, considérant qu’il comportait « des passages diffamatoires et d’autres injurieux ».

Saisi en référé, le tribunal de grande instance de Paris a rejeté mercredi 30 septembre la requête de Mme Trabelsi, considérant notamment que celle-ci « n’a pas respecté dans son assignation l’obligation qui pèse sur elle d’indiquer les textes de loi applicables à la poursuite ».

Ce défaut « met les défenseurs dans l’incapacité de savoir exactement ce qui leur est reproché et d’organiser leur défense », précise le tribunal dans son ordonnance.

Télé : Nicolas Le Floch, 2° saison

13 octobre 2009

Au cinéma le 23 octobre, à la télévision le 28 octobre

J’ai assisté à la projection en avant première du téléfilm « L’affaire Nicolas Le Floch » coproduit par la Compagnie des Phares et balises et France télévision, pour France 2. 108 minutes à diviser en deux épisodes. Tiré du roman éponyme de Jean-François Parot (Ed Jean-Claure Lattès) Réalisé par Nicolas Picard-Dreyfus.

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De la fiction télévisuelle haut de gamme, très bien tournée, beaux paysages, beaux décors, beaux duels, belles cavalcades dans la forêt.
Le principal attrait de Parot, un diplomate gourmet devenu romancier un peu par hasard, réside dans la précision scrupuleuse apportée au tableau du Paris du XVIIIe siècle qu’il propose dans ses romans. Il y mêle avec talent événements historiques et intrigue policière solidement construite. On sent planer l’ombre de Dumas et de Balzac (Vidocq) dans ces histoires menées de main de maître. On songe aussi aux enquêtes du fameux Lecoq créé par Emile Gaboriau au XIXe siècle. Le film se situe dans cette droite ligne.
Ici, dans cette « Affaire Nicolas Le Floch », c’est l’histoire d’un grand flic aux prises avec les Ennemis du pays, en essayant de se débattre dans les filets des manipulations subtiles développées par les agents secrets au service du pouvoir. Et à leur propre service. Ça vous rappelle bien sûr quelque chose ?… Vous n’y êtes pas, nous ne sommes pas dans notre temps, mais au XVIII° siècle.
Aidé par une belle jeune femme maligne, La Satin,

la très jolie Vimala Pons, en ardent collaboratrice de Le Floch

la très jolie Vimala Pons, en ardente collaboratrice de Le Floch

Nicolas Le Floch, un jeune et brillant commissaire au Châtelet – l’ancêtre de la Préfecture de police et de la police judiciaire, enquête pour le compte de M. de Sartine, lieutenant général de police du Roi, autrement dit le Préfet de police. A la fin du règne de Louis XV, sur fond de luttes de pouvoir, les complots et les meurtres vont bon train : disparitions mystérieuses, meurtres, vengeances, conspirations contre le Roi. Nicolas Le Floch apprend la mort de la très jolie Julie de Lastérieux, empoisonnée à la veille de son mariage. On soupçonne Nicolas d’avoir supprimé sa maîtresse par dépit amoureux. Nicolas Le Floch est contraint d’enquêter pour son propre compte. Il apprend par Monsieur de Sartine, que la belle Julie de Lastérieux, appartenait en fait aux services secrets du roi. En la supprimant, on a tenté d’entraîner Nicolas dans une sombre machination. Afin de l’éloigner provisoirement des périls de l’enquête, Louis XV, qui lui conserve toute sa confiance, le charge d’une mission très spéciale à Londres, où il s’agit de ramener à la raison Monsieur de Morande, pamphlétaire peu reluisant qui veut publier « Les mémoires d’une femme publique », lesquelles mettraient en cause le ban et l’arrière ban du Royaume. Bien que la torture soit monnaie courante, Nicolas veut des preuves avant d’accuser. Des tripots aux salons feutrés de Versailles, de la Basse-Geôle aux bordels de la Paulet, il s’y attelle avec acharnement et parvient au bout de cette enquête des plus délicates. Malgré bien des obstacles il  éclaircira l’énigme de la mort de Julie de Lastérieux, éventant un  complot ourdi par Choiseul contre Louis XV qui devait laisser la place à son fils, le Dauphin.
Dans cette aventure rocambolesque le jeune commissaire croise le Chevalier d’Éon, et Beaumarchais, censé être le chef du Secret du Roi, les RG de l’époque. Beaumarchais, Yves Bertrand, même combat ? On est proche de l’histoire réelle… C’est l’occasion de rappeler que sous Louis XV la France a failli devenir la plus importante puissance du monde en matière de renseignement !
Outre le sémillant Jérôme Robert, en Nicolas Le Floch, très à l’aise en flic honnête et joli garçon, j’ai apprécié l’interprétation de Sebastien Thiery, en Beaumarchais chef du Secret du Roi – c’est à peu près avéré – et surtout la composition savoureuse de François Caron en Lieutenant général de police. Il est possible que Hugues Pagan, le scénariste, se soit inspiré pour tracer le portrait du « chefs des flics » sous Louis XV des figures de quelques préfets de police récents. En tout cas, ça m’a rappelé des souvenirs précis.

Nicolas Le Floch Jérôme Robart

Inspecteur Bourdeau Mathias Mlekuz

La Satin Vimala Pons

M. de Sartine François Caron

La Paulet Claire Nebout

Le Chevalier d’Eon Philippe Demarle

Beaumarchais Sebastien Thiery

Télévision : France 2. Faut-il avoir peur de la justice ?

13 octobre 2009

Prise directe est un nouveau magazine de prime time sur France 2, 20 h 30 présenté par Béatrice Schönberg (Fr, 2009). 130 mn.

La chronique d’Hélène Marzolf

Après avoir fait bouger la France en compagnie de citoyens méritants, Béatrice Schönberg reprend du service avec ce magazine de société mensuel qui promet de s’atteler aux « sujets qui font la une ». La question – brûlante – du jour : faut-il avoir peur de la justice ? Présenté en direct du Palais de justice de Paris, l’émission alternera « reportages, débats, révélations », articulés autour de plusieurs thématiques : la question des erreurs judiciaires et la place des experts dans les procès, la lenteur des procédures, les dysfonctionnements d’exécution des peines…

Seront présents sur le plateau des avocats, magistrats ou des « victimes du système », ainsi que la ministre Michèle Alliot-Marie, qui « répondra aux questions concrètes que se posent les Français ». En pleine réforme du système judiciaire, le magazine revendique, comme l’explique sa présenta-trice, une ligne de « proximité » : « Nous souhaitons parler de la justice au quotidien et non faire une émission de débat politique. » Parti pris qui, on l’espère, n’occultera pas les enjeux du moment.

Mon commentaire : En plein procès Clearstream, alors qu’hier la Garde des Sceaux a été vivement prise à partie par Dominique de Villepin, la présence de Michèle Alliot-Marie sur le plateau est-elle vraiment opportune ? Ne peut-elle pas apparaître comme une ingérence de l’exécutif dans le cours de la justice ?

Document, histoire : la Révolution oubliée

11 octobre 2009

1848, la Révolution oubliée, Maurizio Gribaudi et Michèle Riot-Stacey, Editions La Découverte

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On pourrait penser que ce n’est qu’un  magnifique livre d’images. Mais c’est en vérité un formidable document d’histoire. La révolution de 1848 que vous ignoorez sûrement tant elle a été occultée par l’histoire du Second Empire et de la Troisième République. Et vous ne souvenez sûrement pas des terribles massacres qui ont accompagné la chute définitive de la monarchie en France, celle de Juillet en l’occurrence.

Le texte est fin, très largement inspiré des témoignages d’époque, parfaitement servi par l’iconographie somptueuse qui nous rappelle la grande qualité des illustrateurs de cette époque qui a immédiatement précédé le reportage photographique. Le seul problème est le prix, 39,90 euros qui classe cet ouvrage dans les livres d’Art, alors que c’est avant tout un livre d’histoire. A lire de toute urgence.

Je l’ai étalé sur une table et chaque jour j’en déguste quelques pages.

Les Frères et le pouvoir

9 octobre 2009

Cette fois-ci, ce n’est plus à regarder, mais à lire, sur le même thème

Francs-maçons et politiques : les liaisons dangereuses

L’article de Christophe Barbier dans l’Express, publié le 09/10/2009 11:33 – mis à jour le 09/10/2009 14:56, avec quelques corrections

François Koch, Le Vrai Pouvoir des francs-maçons, Express-Roularta éditions, 258 p., 15€

François Koch, journaliste à L’Express, publie Le Vrai Pouvoir des francs-maçons, une enquête portant notamment sur les relations troubles entres les francs-maçons et le monde politique.

C’est le carrefour de tous les fantasmes et de toutes les dénégations : la franc-maçonnerie fascine ou effraie ceux qui n’en sont pas et imaginent une puissante société secrète ; la franc-maçonnerie enferme ses membres sous le lourd couvercle du secret obligatoire. Ce sont là deux périls convergents pour les « fils de la Veuve ». Ceux qui s’illusionnent sur la franc-maçonnerie et sa puissance sont déçus quand ils en constatent la banalité. Ceux qui se soumettent à l’exigence de dissimulation se retrouvent tôt ou tard en porte à faux avec leur entourage privé ou professionnel.

En ce début de XXie siècle, la franc-maçonnerie traverse une crise plus grave qu’elle ne le croit. Certes, elle a fait le ménage dans ses loges et les dérives les plus affairistes ont reculé, mais les fraternelles, ces regroupements de maçons autour d’intérêts de business, existent toujours : sont-elles plus légalistes ou seulement plus discrètes ? Certes, la franc-maçonnerie entrouvre ses portes, mais le Grand Orient a récusé la mixité au début de septembre, en une obstination misogyne hors du temps. Secret, machisme, clientélisme : le mal qui peut asphyxier la franc-maçonnerie, en fait, c’est l’archaïsme. Aucune menace ne justifie plus de telles pratiques, ni l’ambiance paranoïaque qui les entoure.

Ce tropisme d’obsolescence est d’autant plus dommageable que les « frères » souhaitent toujours rester au contact des politiques et influer sur le sort des urnes. Or la classe politique est affamée de modernité – électeurs et médias obligent. Lentement s’opère donc un découplage entre maçons et dirigeants publics. Si les liens demeurent étroits, sont-ils efficaces ? La production législative de la République porte moins que jamais la trace de la « lumière » maçonne. Quand les réseaux comptent plus que l’influence, le déclin est proche.

Dans Le Vrai Pouvoir des francs-maçons, François Koch, journaliste à L’Express, détaille ce qui demeure de l’emprise maçonne sur la société : comment 159 750 personnes oeuvrent et réfléchissent dans leurs loges pour faire avancer leurs idées… et leur pouvoir. Après un septennat d’investigation au sein des obédiences, il présente une sélection des meilleures enquêtes publiée par le journal, et une série d’analyses que lui ont inspirées les évolutions récentes de la franc-maçonnerie. L’Express présente en avant-première les extraits consacrés aux liaisons incestueuses et parfois dangereuses entre politiques et francs-maçons…

Alain Bauer, le « sarko-maçon »

« Combien de ministres fréquentent une loge ? Combien le gouvernement compte-t-il d’anciens maçons ? » Alain Bauer, le plus jeune maçon à avoir été élu grand maître du Grand Orient, s’est toujours amusé à répondre à ces deux questions de journalistes. Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, qu’il a accepté de tutoyer pendant la campagne présidentielle, son compteur de maçons donne des chiffres ridiculement petits. En janvier 2008, l’expert n’en comptait que « deux ou trois ».[…]

[En février 2008], L’Express révèle que, depuis 1995, Xavier Bertrand, le puissant Secrétaire général de l’UMP  appartient à la loge les Fils d’Isis de Terguier (Aisne) au GO, donc la même obédience que Bauer.

A L’Express, le grand maître de la Grande Loge nationale française (GLNF), François Stifani, confie que Christian Estrosi, alors secrétaire d’Etat UMP chargé de l’Outre-mer, a été exclu de son obédience il y a une vingtaine d’années pour défaut de paiement de capitation (cotisation). Selon Sophie Coignard, dans Un Etat dans l’Etat (Albin Michel), il faut citer aussi le très proche de Sarkozy et nouveau ministre UMP de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales, Brice Hortefeux, comme ancien maçon de la GLNF. […] Au printemps 2009, Alain Bauer soutient qu’il y a au gouvernement, après le départ de Xavier Bertrand, toujours un ministre franc-maçon, dans une autre obédience que le GO, et « une demi-douzaine d’anciens maçons« . Alain Bauer connaissait-il l’appartenance au GO de Xavier Bertrand ? Bien sûr que oui. […] [Xavier Bertrand demande conseil à Bauer au sujet de la révélation de L’Express ; réponse de Bauer] : « Il était très embarrassé et je lui ai conseillé d’assumer. »[…]

Avant la conquête de l’Elysée par Sarkozy, les rumeurs sur l’entrée de Bauer au gouvernement étaient permanentes. Celui que Michel Rocard qualifie de « copain, sympathique et chaleureux » s’évertuait à étouffer ce tintamarre : « Il n’en est pas question, ça a cessé de m’intéresser depuis 1994, année où Rocard a été viré du poste de premier secrétaire du PS et où j’ai quitté ce parti », affirme-t-il alors. Pour refuser l’offre du président d’un secrétariat d’Etat à la Sécurité publique, Bauer aurait répondu : « Tu n’auras jamais les moyens de me payer ! » Comprenez qu’en tant que patron d’AB Associates Bauer gagne très très bien sa vie. Le fin gastronome ne cache pourtant pas qu’il aurait pu être tenté par un poste de ministre d’Etat ou de conseiller à l’Elysée. Si cela lui avait été proposé. « Je préfère pouvoir continuer à dire ce que je pense », indique Bauer, qui sait qu’auprès de Sarkozy il a beaucoup plus d’influence qu’un secrétaire d’Etat. Une évidence, puisque ce président, plus encore que ses prédécesseurs, partage peu le pouvoir avec ses ministres.

Alain Bauer a ce statut officieux de « M. Franc-Maçonnerie » de la présidence de la République. Chaque fois que Nicolas Sarkozy reçoit des représentants des obédiences, Alain Bauer est chargé d’établir la liste des invités et le plan de table. C’est le cas, le 21 janvier 2009, lorsque Sarkozy présente, pour la première fois, des voeux présidentiels spécifiques aux maçons, juste après la fin d’un Conseil des ministres.

La rencontre a lieu dans un petit salon, pendant trois quarts d’heure. Bauer a invité Pierre Lambicchi, François Stifani et Alain Graesel, les trois grands maîtres respectifs du GO, de la GLNF et de la GLDF, Yvette Nicolas, la grande maîtresse de la GLFF, et Michel Payen, le président du DH. Il s’agit bien là des cinq principales obédiences maçonniques. Bauer y a ajouté son ami Roger Dachez, président de l’Institut maçonnique de France… et lui-même, en tant qu’incontournable ancien grand maître du GO. Même le plan de table ne doit rien au hasard : aux côtés du président de la République sont placés Pierre Lambicchi, à sa droite, et Alain Bauer, à sa gauche. Comme pour bien signifier la domination du GO dans le paysage maçonnique français. Ce qui n’empêche pas François Stifani d’annoncer que, à l’épreuve de la course aux effectifs, sa GLNF montera très bientôt sur la première marche du podium. Ambiance peu fraternelle garantie.

L’enjeu du Parlement

[…] Les trois derniers présidents de la fraternelle parlementaire, qui regroupe les députés et les sénateurs maçons, étaient des socialistes du GO : Christian Bataille (alors député du Nord), Jean-Pierre Masseret (sénateur et président de la région Lorraine) et Pierre Bourguignon (alors député de Seine-Maritime). Mais, depuis l’automne 2008, le président de cette fraternelle n’est ni socialiste ni membre du GO. C’est le sénateur de l’Isère Bernard Saugey, à la fois membre de l’UMP et de la GLNF. Situation inédite !

« Une révolution copernicienne », reconnaît Philippe Guglielmi, ancien grand maître du GO. Au sommet de cette obédience de gauche, les dignitaires regrettent que cette fraternelle leur ait échappé, mais reconnaissent qu’ils n’avaient pas de candidat susceptible de rivaliser avec Saugey. Seule Michèle André, soeur du DH, sénatrice PS du Puy-de-Dôme et ancienne secrétaire d’Etat aux Droits de la femme dans le gouvernement de Michel Rocard, aurait pu prendre cette présidence… si elle l’avait souhaité. « La place était pourtant convoitée, affirme Saugey. Un poste de pouvoir… si on le veut. Si j’arrive à jouer mon rôle, des parlementaires de droite et de gauche voteront ensemble, sur des sujets de société. » « La fraternelle parlementaire était un bastion du GO, et il l’a perdu », se réjouit Jean-Claude Tribout, porte-parole de la GLNF.

Les socialistes ont-ils accepté de lâcher prise sur la fraternelle parlementaire parce qu’ils ont leur propre fraternelle ? La « Ramadier », comme ils l’appellent, rassemble les élus de gauche membres d’une obédience. Elle est présidée par l’ancien ministre et ex-député du Nord Jean Le Garrec, membre du GO. Sur son site Internet, on peut lire : « Nous devons éviter scrupuleusement de nous mêler des problèmes internes des obédiences maçonniques ou des problèmes internes des partis. Nous devons même être attentifs à ne pas donner l’impression que nous pourrions le faire. »

C’est raté ! Dans une missive du 23 février 2009 à l’intéressé, Philippe Guglielmi, à la fois patron des socialistes du « 9.3 » et ancien grand maître du GO, accuse Jean Le Garrec de pousser un frère vers un poste de responsabilité au PS : « J’apprends que tu « appuierais » Gaëtan Gorce comme délégué à la laïcité et que l’un des arguments que tu ferais valoir est qu’il serait « bien vu » du GO. » Puis le député PS de la Nièvre est proprement exécuté par l’ancien haut dignitaire : « Je n’ai jamais entendu parler de lui au sein du GO comme s’étant particulièrement illustré sur le front de la défense des valeurs laïques. » Et Guglielmi de reprocher à Le Garrec de s’être en fait trompé de frère à pistonner : « Je connais au moins deux de nos amis, une femme ancienne députée qui lutte contre les sectes et le président de l’Observatoire de la démocratie, qui auraient de réelles compétences dans cette fonction. »

L’allusion apparaît assez transparente en faveur de la soeur du DH Catherine Picard, ex-députée de l’Eure et présidente de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu, et du frère Jean-Francis Dauriac, vénérable de la loge du GO Roger Leray, réputée très à gauche. Résultat de cette empoignade maçonnique ? Le poste de délégué à la laïcité du PS n’a pas été attribué.

Présidentielle : le vrai poids des « frangins »

L’élection présidentielle de 2002 a fait couler beaucoup d’encre. « La moitié de la défaite de Lionel Jospin est due aux membres du GO, à ceux de la Libre Pensée et à leurs familles », confiait l’ancien grand maître du GO de 1997 à 1999 Philippe Guglielmi, quelques mois après le séisme qui ravagea la gauche.

« Jacques Chirac est philomaçon et attentif aux travaux des loges parce que son grand-père était initié, confie Alain Bauer. J’ai par ailleurs d’excellentes relations avec lui depuis 1977, où, lycéen, j’avais suivi une journée de sa campagne pour les élections municipales dans le cadre d’un cours d’éducation civique. » « Son grand-père était membre de la loge la Fraternité, que j’ai fréquentée, raconte Philippe Guglielmi, aujourd’hui premier secrétaire du PS de Seine-Saint-Denis. Lorsque j’étais grand maître, Alain Bauer et moi avons remis à Jacques Chirac le discours du vénérable de l’atelier lors du décès de son grand-père, et ce cadeau l’a beaucoup touché : il avait déjà de nombreux documents maçonniques sur son aïeul, mais pas celui-là. »

Si Chirac est maçonnophile, Jospin est maçonnophobe. Bien que le père de ce dernier ait été franc-maçon, selon Alain Bauer. Le leader socialiste a au moins deux raisons de ne pas vouloir fréquenter les « frères trois points » : « Primo, une forte proportion d’entre eux sont impliqués dans des affaires, ils ont trahi leurs principes, explique Jean-Christophe Cambadélis, député PS de Paris qui a appartenu à la même chapelle trotskiste que Jospin. Secundo, ils sont, comme lui, des gens secrets et infiltrés, ce qui le dérange beaucoup. » Pourtant, il aurait fait de timides tentatives pour s’attirer les bonnes grâces de quelques « frangins ». « Lorsque Jospin me met dans son comité de soutien, raconte Guglielmi, il m’instrumentalise en tant qu’ancien grand maître du GO. »[…]

Dans les années qui précèdent l’élection présidentielle de 2007, les obédiences, et la première d’entre elles en particulier, sont l’objet de convoitises et de tentatives d’instrumentalisation. Ce n’est pas que le contrôle des obédiences donne les clés de l’Elysée, mais leur capacité de nuisance est telle qu’un candidat à la fonction suprême a tout intérêt à ne pas leur déplaire. De ce point de vue, Nicolas Sarkozy dispose de plus d’atouts que Ségolène Royal. En comparaison de la « Madone du Poitou », jamais en manque d’une expression biblique ou d’une attitude christique, le patron de l’UMP apparaît presque plus laïque, donc plus maçonniquement correct. Ce qui est abusif. Sarkozy le déiste a surtout eu le culot de faire écrire par Alain Bauer plusieurs de ses discours. Et l’ancien grand maître du GO l’a fait en les truffant de références à Jaurès, à Blum et à la République comme un refrain ! Un véritable coup de maître qui bluffe plus d’un frère.

Manifestement, l’entourage maçonnique de Ségolène Royal, de François Rebsamen à Gérard Collomb, de Patrick Mennucci à Christophe Chantepy, est loin d’avoir eu l’efficacité d’un Bauer pour flatter les obédiences dans le sens de l’équerre et du compas. Au « maçonnomètre », Sarkozy l’emporte donc haut la main sur Royal. Mais les frères ont joué un rôle bien moindre à la présidentielle de 2007 qu’à celle de 2002. C’est qu’en favorisant Chirac et Chevènement au détriment de Jospin, ils ont contribué à provoquer le « 21 avril 2002 », la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour. Ils n’en étaient pas fiers. D’où, en 2007, leur plus grande discrétion.

L’embrouillamini corse

Parce que le grand maître Simon Giovannaï souhaite apporter sa pierre à la paix en Corse, sur le modèle de ce que son prédécesseur Roger Leray avait réussi en Nouvelle-Calédonie en 1988, il reçoit le 22 janvier 2000 au siège parisien du GO quatre représentants de la direction militaire du FLNC, dont deux poseurs de bombes présumés. Même s’il n’a cessé de le nier, plusieurs participants et témoins confirment que le frère François Rebsamen, le maire de Dijon, alors chargé des fédérations au secrétariat national du PS, participait bien à cette réunion. Forcément pour transmettre un message à Matignon.

Mais l’opération tourne au fiasco. Tous les invités sont au rendez-vous… sauf la discrétion. Deux équipes de police suivent les indépendantistes et les « filochent » jusqu’aux temples de la rue Cadet. Selon Francis Piazza, un policier maçon des RG interviewé par L’Express en septembre 2004, Giovannaï avait contacté préalablement le ministère de l’Intérieur de Jean-Pierre Chevènement, qui mit son veto à la rencontre. Apprenant qu’elle a tout de même eu lieu, avec l’accord tacite de Matignon (Lionel Jospin est alors Premier ministre), le ministère de l’Intérieur se serait-il vengé en faisant « fuiter » l’information dans la presse, d’où le scandale qui coûtera son poste à Giovannaï ? Ce dernier réfute cette thèse et accuse Guglielmi d’avoir donné l’information à un journaliste parce qu’il n’aurait pas supporté qu’une opération au sujet de l’île de Beauté se monte sans lui, alors qu’il est vénérable d’honneur de la loge Pasquale Paoli, l’atelier des Corses du continent.

« J’ai été victime du système KGB (Kessel-Guglielmi-Bauer) », soutient Giovannaï. « J’avais déconseillé l’opération à Giovannaï et lui-même m’a confié avoir confirmé l’information à un journaliste, ce que moi j’avais refusé », affirme Guglielmi. Pendant ce temps, Bauer fait campagne pour devenir grand maître et ne se réjouit pas de ce grand déballage. Il cosigne une tribune où s’exprime le regret que le GO semble être devenu l’instrument d’une « diplomatie de l’ombre ». Le gâchis est total. […]

A lire, cette fois : les francs maçon et le pouvoir

9 octobre 2009

Ce n’est plus à regarder, mais à lire, cette fois, mais sur le même thème : les Francs Maçons et le pouvoirFrancs-maçons et politiques : les liaisons dangereuses FL-102009