Roman : Le Jeu de l’Ange, Carlos Ruiz Zafon

« Le jeu de l’Ange », Carlos Ruiz Zafon, Robert Laffont, juin 2009. 538 pages. Traduit de l’espagnol par François Maspero : je le précise parce que cette traduction est d’une grande qualité littéraire.

Bon, Ruiz Zafon est un ogre de littérature. Bon Ruiz Zafon est et est avant tout un Catalan, bien qu’il vive aujourd’hui comme scénariste à Los Angeles. Bon, il s’inscrit dans la tradition proto-suréaliste de Bunuel, de Dali, de Miro, de Picasso et de tant d’autres Catalans qui ont enrichi toutes les cultures. La Catalane, l’Espagnole, la Française. Au point qu’on a pu oublier qu’ils étaient catalans. Bon, Ruiz Zafon connait sur le bout de ses doigts toutes les ficelles du roman populaire rocambolesque des années 1900 et d’avant, d’Alexandre Dumas à Eugene Sue, en passant par Edgar Poe et d’autres. Ruiz Zafon n’ignore rien des Gothiques et des Mystères de Paris, au point que son roman pourrait parfaitement s’intituler « Les mystères de Barcelone ».

Quand je vous ai avancé de si diverses raisons d’apprécier « Le Jeu de l’Ange » qui se lit très vite bien que vers la fin il soit un peu pesant, je n’ai en vérité rien dit.

Bref rappel de l’histoire, si c’est possible : un jeune écrivain est engagé par un fantôme pour écrire l’histoire romancée de l’histoire des religions. Je vous laisse découvrir les méandres et les rebondissements de ce conte noir plongé dans des flamboiements funèbres, dans une brume de pollution épaisse et blême recouvrant une Barcelone fantasmée des années trente, juste avant la Guerre civile. Réflexion incidente : il faudrait connaitre parfaitement Barcelone pour tout comprendre.

Ce roman est en vérité une méditation sur le sens de la lutte entre l’écrivain et l’ange de la Mort : c’est la métaphore de la création littéraire, du terrible combat que doit mener tout écrivain pour aller de l’avant, pour produire.

Au passage, il nous sert quelques aphorismes philosophiques qui méritent d’être médités. Par exemple :

 » Les gens normaux, écrit-il, mettent des enfants au monde : les romanciers comme moi des livres. Nous sommes condamnés à mourir dans leurs pages, et parfois ce sont eux qui nous ôtent la vie ».

Il soutient que les livres ont leur âme propre qui se transmet de propriétaire en propriétaire du livre, on ne peut échapper à l’influence de cette âme, une influence qui est souvent un poison.

 » [M. Sempere, le libraire] croyait … que tant qu’il resterait une personne dans ce monde capable de lire et de vivre les livres, il subsisterait un petit morceau de Dieu et de vie ».

Ou encore :

 » La justice est une question de perspective, pas une valeur universelle[…] La justice est une maladie rare dans un monde qui n’a pas besoin d’elle pour se porter comme un charme. »

Et, pour en finir :

 » Je ne peux pas mourir encore. Pas tout de suite. J’ai des choses à faire. Après, j’aurai toute la vie pour mourir

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