Michel Serres : même un philosophe doit être précis !

Ce 15 novembre sur France Info, dans son dialogue avec Michel Polacco, dans la foulée de l’anniversaire de la chute du mur de Berlin, qui fut naguère la capitale de l’espionnage, le philosophe Michel Serres s’interroge sur l’espionnage, dont il définit les contours, action collective s’il en fut, où les actions totalement individuelles ne trouvent pas de place.

« L’espionnage est intemporel, et il a ses héros : Farewell, toute récente vedette d’un film assez romancé, OSS 117, James Bond, SAS, mais aussi Mata-Hari, l’espionne la plus célèbre, et le SDECE, caricaturé par Pierre Dac. Alors l’espion, un métier de gentleman ou de voyou ? »

Serres revient à plusieurs reprises sur ce concept d’action collective, soulignant qu’il ne peut en être autrement. Alors pourquoi s’être lancé dans un portrait vibrant d’Alan Türing, un mathématicien britannique, crédité de l’invention de la machine Kolossus, en fait un ordinateur déjà assez avancé, qui aurait permis de décrypter les secrets de la machine Enigma ? Voici un individu qualifié « l’un des plus grands espions de l’Histoire » qui aurait à lui seul permis de gagner la guerre de l’espionnage ? Avec un autre mathématicien, Welchman, Alan Turing est à la pointe de ces travaux de recherche, et avant la fin de la guerre, il conçoit une machine électronique, le Kolossus, qui permet de décrypter tous les messages allemands.

Michel Serres s’est totalement contredit. Et, en plus, a parlé d’un domaine qu’il ignore manifestement. Comme je l’ai expliqué dans mon livre « Dans le Secret des Services », ce sont les services du chiffre de l’armée polonaise qui dès 1939 ont percé le mystère de la machine à crypter Enigma. Le développement des contre mesures a été assuré d’abord par les services français, puis par les Britanniques dans un centre de recherche géant à Blaechter Park.

Türing n’a jamais été espion. S’il a bien été l’un des théoriciens de l’informatique moderne et a donc participé au projet Kolossus, il n’est pas « l’inventeur unique ». En effet, comme mathématicien, il a contribué à développer les algorithmes utilisés pour mettre au point les logiciels de Kolossus.

Libre à Michel Serres d’affirmer en outre que la pomme d’Appel aurait été choisie par Steve Jobs par référence à la pomme empoisonnée dans laquelle a mordu Türing pour se suicider. Cette hypothèse est plus que contestée.

A vouloir trop bien prouver, Michel Serres a surtout démontré que même un philosophe de renom doit s’informer de façon complète avant de parler.

http://www.france-info.com/chroniques-le-sens-de-l-info-2009-11-13-l-espionnage-368623-81-173.html – ancreduplayer
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