Archive for décembre 2009

Document : métier de chien

29 décembre 2009

par Marc Leboutin. Editions Privé. Probablement non disponible à la vente, retiré du commerce par le nouveau propriétaire des Editions Privé, naguère animées par Guy Birenbaum.

Leboutin a été officier de police. Il a tenté de raconter avec honnêteté sa vie de flic au quotidien, observant que « la plupart des ouvrages sur la police ne parlent jamais vraiment du quotidien. Souvent écrits par des auteurs soucieux avant tout de leur propre mise en scène ». Ensuite, les chapitres s’enchaînent sans fioritures.

Propos initial : dès l’année 2002, Marc Louboutin assiste à une invasion étrange. Des  » Nicolas  » apparaissent partout. L’auteur se souvient alors qu’il a été, dans une autre existence, officier de police durant seize ans. Il a travaillé à l’époque à Paris, Chambéry et Quimper. Mais un jour, il a décidé de rendre les armes et de démissionner. Fin 2006, Marc Louboutin prend l’un de ces  » Nicolas  » par la main et replonge avec lui dans son passé.
Pour qu’au-delà du mot  » sécurité  » chacun comprenne enfin ce que le métier de policier peut signifier, en matière d’horreur, de violence, de reniement de soi, d’éducation… De l’arrestation d’une balle en pleine tête d’un  » ennemi  » public à la fréquentation quotidienne de dealers porteurs d’une mort opiacée, en passant par-dessus les cadavres, Marc Louboutin nous décrit ce métier de chien qui fut le sien.
De ce voyage, on retiendra que rien ne se passe comme on l’affirme dans les discussions de salon, on apprendra qu’un policier doit parfois violer la loi pour la faire respecter. Qu’un bon commissaire, pour l’administration, n’est pas toujours celui qui dit la vérité. Et surtout que les héros de la sécurité sont aussi parfois des victimes.

Après avoir quitté la police, Leboutin est devenu journaliste, chroniqueur de voyages. Puis rien du tout. Aujourd’hui il anime sur Facebook une page où peuvent s’exprimer les policiers, et il est, à l’occasion, consultant en sécurité.

Si vous trouvez sur le marché de l’occasion un exemplaire disponible, précipitez-vous.

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Le musée du Palais du Luxembourg fermé en 2010. Provisoirement ?

28 décembre 2009

Le Parisien révèle que le Musée du Luxembourg sera fermé le 17 janvier à l’issue de l’exposition en cours consacré à Tiffany.

Le 1er juillet, le président du Sénat, Gérard Larcher, avait annoncé qu’il mettait fin à l’exploitation du Musée du Luxembourg, dans le 6e arrondissement de Paris, par la société SVO Art. Deux expositions en préparation, dont une sur « Les bateaux et les impressionnistes », sont annulées. Depuis 2000, la société SVO Art a organisé dans ce musée du Sénat de nombreuses expositions à succès. Aucune nouvelle ne sera organisée en 2010, mais le Sénat espère rouvrir, « sans doute au début de 2011 », avec un nouveau repreneur. Les 25 salariés du musée, et les 75 postes induits par son activité, seront licenciés.

Le Sénat entend exercer un contrôle plus étroit sur ce musée. Il a lancé un appel d’offres en vue d’établir une délégation de service public (DSP) pour l’exploitation du musée. Mais « les conditions de l’appel d’offres sont trop contraignantes », estime un employé interrogé par Le Parisien, qui donne comme exemple le fait que le nouvel opérateur devra prendre à son compte l’entretien des lieux et que les tarifs d’entrée devront être plus bas. En attendant,

Blake et Mortimer : la malédiction des trente deniers

28 décembre 2009

BD – Jean an Hamme, René Sterne, Chantal de Spiegeleer –  Novembre 2009 – Editions Blake et Mortimer –

C’est l’un de mes cadeaux de noël, et je ne résiste pas à l’amusement de vous rendre compte de cette belle BD, dans le plus pur style de la « ligne claire » belge. Vous voyez que je suis toujours aussi peu sérieux.

L’histoire est organisée autour des personnages inventés par feu Edgar P. Jacobs. Le scénario a été amorcé par René Sterne, relayé après son décès subit par sa femme Chantal de Spiegeleer. C’est le sixième album consacré au duo depuis la mort d’Edgar P. Jacobs.

La recette est toujours identique : un grand méchant abominable – évidemment un nazi échappé de l’enfer – menace le monde pour prendre sa vengeance. Cette fois grâce au pouvoir considéré comme maléfique des « trente deniers de Juda », prix reçu par l’apôtre félon pour sa trahison, retrouvés par hasard lors d’un tremblement de terre en Grèce. Le capitaine Francis Blake, l’officier des services britanniques et le professeur Philip Mortimer ont pour mission de neutraliser l’atroce nazi, Rainer Von Stahl, alias Belu Beloukian.

La documentation est impeccable, le scénario est bien ficelé mais nous laisse sur notre faim puisque cet album n’est que le premier volet d’un diptyque. La dernière image nous montre Mortimer abandonné sur un dinghy sans rames au beau milieu de la Méditerranée. Deuxième déception, et de taille, celle-ci, le capitaine Blake n’apparaît que de façon fugitive au début de l’album. Ensuite, exit. Espérons qu’on le reverra dans le deuxième partie de cette histoire.

Roman – Démon – quelques éclairs géniaux dans un magma

2 décembre 2009

Démon est un roman écrit par Thierry Hesse, aux Editions l’Olivier.

A côté de quelques scènes fascinantes, parmi lesquelles une formidable description de la mort de Staline, ce roman est une sorte de fatras, un pantin désarticulé. Il ne raconte pas une histoire, mais, trop souvent il se contente d’étaler des connaissances qui semblent pompées sur Google ou dans des livres d’histoire trop vite avalés. C’est tout et n’importe quoi : un procès aux Assises à Caen, d’improbables reportages sur des inondations – il doit se nicher quelque part un symbole philosophique que je ne saisis pas -, des scènes de guerre à Grozny, une visite au site du Vel d’Hiv, rue Nelaton à Paris. Dont l’auteur semble ignorer qu’il a été longtemps occupé par la police, la DST. Sa vision du métier de grand reporter serait hilarante si elle n’était pas si fausse… Il est peut-être bien documenté, mais pas là où il faut, ni quand il faut.

Candidat au Goncourt ? Le jury serait tombé plutôt assez bas tant ce texte sans queue ni tête est éloigné de la conception même la plus basique de l’art romanesque. Son portrait de « reporter » prouve à tout le moins que ce professeur de philosophie entretient une vision assez singulière de ce métier. L’égal de Tolstoï, est-il suggéré sur la 4° de couverture !

Quel dommage d’avoir raté un si beau thème de roman : aller à la découverte d’un père qui n’a jamais parlé, pourquoi n’avoir pas parlé avant son suicide ; enquête sur ses parents venus de nulle part. Hesse a préféré se rouler dans le chicheton, comme on dit se rouler dans la boue. En vérité, je suis même furieux de voir des critiques considérer ce truc comme de la bonne littérature.

La vérité est que Thierry Hesse est peut-être un bon prof de philo, mais pour le moment un écrivain pas encore devenu. En tout cas à des années lumières de Tolstoï et de Dos Passos dont il revendique l’héritage.

6929-Entretien-avec-Thierry-Hesse.html

Roman – Le testament syriaque – Barouk Salamé

1 décembre 2009

Rivages-Thriller, Editions Payot février 2009 –

Ce testament syriaque, ce sont 522 pages pour un pseudo thriller particulièrement alumé. Dans tous les sens du terme, car on passe son temps là-dedans à s’allumer par toutes les armes possibles, du taser au fusil à fléchettes, du bon Manhurin des familles à toutes sortes de pistolets mitrailleurs, sans oublier différentes formes de poignards. Car l’auteur – qui écrit sous pseudo – est peut-être avant tout un excellent connaisseur des armes de poing. Mais aussi, fort probablement, un véritable expert en islamologie ancienne avec ses prolongations dans les différents mouvements fondamentalistes qui essaiment dans le monde.

En vérité, l’islamologie est le vrai sujet de ce gros bouquin bien écrit, qui se lit vite, même si un excès d’érudition peut parfois rebuter.

Les thème central est heureusement simple : une journaliste minable et famélique ramène de Tambouctou un grimoire, un codex aux pages en papyrus, écrit dans une langue qui paraît étrange : le syriaque, une variété de l’araméen pratiqué au Proche-Orient durant des siècles. Et le déchiffrage du document laisse penser qu’il s’agit du « testament de Mahomet », qui est réputé de pas en avoir laissé derrière lui après sa mort. A partir de ce schéma simple se développe une intrigue échevelée dans laquelle on voit différents groupes chercher à s’emparer du document ; d’autres à le détruire parce qu’il serait iconoclaste… En bref, la lutte finit par mettre Paris à feu et à sang.

Mais l’intérêt véritable du bouquin est dans l’analyse extraordinairement fine de l’Islam actuel, et de l’Islam des origines, qui explique les guerres sans merci que mènent les sectes musulmanes. Où l’on découvre en particulier que la doctrine de l’Islam ne serait qu’un avatar du judaïsme transmis par le christianisme ancien. La thèse est très fortement argumentée, on comprend vraiment les mécanismes de fonctionnement des innombrables factions qui mettent le feu au monde. Comme manière de nous initier, c’est très malin : jamais je n’aurais acheté un ouvrage théorique sur l’évolution de l’Islam. Là, j’ai été obligé de lire.

Une citation, qui répond à la question : qu’est-ce que nous apportent les gnoses chrétiennes, juives et musulmanes :

 » Le sens du relatif et beaucoup de richesses. Ne pas croire que le monde commence avec nous sous prétexte que l’on possède la dernière [foi ? Croyance ]. Révélation, enrichir sa foi avec des intuitions venues d’ailleurs. Permettre aux traditions religieuses de se mirer les unes les autres ».

C’est assez énigmatique pour rendre inévitable une lecture approfondie de ce texte étrange.