Livres

L’homme qui tombe, roman, Don deLillio, et il tombe encore, Actes Sud, avril 2008

Don DeLillo est de ces excellents romanciers américains, en général passés par des écoles d’écriture (littéraire) qui produisent de façon régulière des oeuvres très enracinées dans la réalité. Ils osent même affronter la réalité immédiate. Quand nous, en France, nous devons attendre entre trente et cinquante ans avant que les éditeurs pensent que l’histoire immédiate pourrait bien présenter un intérêt littéraire, les Américains n’hésitent pas à se jeter dans la gueule de l’enfer le plus tôt et le plus vite possible. Ce n’est jamais ni trop tôt, ni trop tard : c’est une nécessité.

Donc DeLillo a plongé. Dans l’enfer d’une des tours du World Trade Center, un certain 11 septembre 2001. Il a eu l’excellente et simple idée de raconter l’histoire de Keith qui a réussi à échapper à la mort certaine que lui avait promis un certain Mohamed Atta, aux commandes d’un avion d’American Airlines jeté contre la tour nord. Parmi des centaines de rescapés anonymes Keith a réussi à descendre des dizaines d’étages dans le noir, la fumée, la poussière. Il s’est retrouvé en bas, une mallette à la main, une mallette qui ne lui appartenait pas.

Il est brisé par cette tragédie, sa vie a explosé, il a regardé sans comprendre des silhouettes désarticulées plonger dans le vide. Des hommes et des femmes qui ont tenté de se sauver à tout prix. Ensuite, dans les semaines qui ont suivi, il a tenté de retrouver le propriétaire de la mallette, en fait une propriétaire, il a engagé un exercice de mémoire et d’exorcisme qui le submerge. Première bonne idée.

Pour exprimer cette horreur, deuxième excellente idée : il imagine l’histoire métaphorique de l’homme qui tombe : il se jette de n’importe où dans le vide, du plus haut point possible, il est retenu par un cable attaché à l’une de ses chevilles. Les spectateurs de ces chutes sont convaincus qu’il va mourir.

Ces deux thèmes – comme on parle de thèmes musicaux – s’entrecroisent, ils forment l’ossature du roman. DeLillo tente d’exprimer l’horreur absolue des attentats terroristes, du choc inouï dans l’esprit des Américains.

Le projet était louable, respectable, ambitieux. La lecture des trente cinq éblouissantes dernière pages met en valeur l’immense talent de l’auteur. Le problème est qu’il faut arriver jusque là. Et avant, pendant 260 pages DeLillo se perd dans la confusion, sous prétexte de décrire les esprits éclatés, son livre devient un magma entrelardé de bavardages au cours desquels DeLillo donne son avis sur tout. C’est-à-dire qu’il se prend pour un romancier européen, il oublie de raconter son histoire.

Ce ne serait pas encore trop grave si l’auteur ne reprenait pas à son compte le discours insensé d’où il ressort que les attentats du 9-11 marquent un tournant capital de l’histoire. Avant il n’y avait rien, après il y a tout. Avant, le monde était en paix. Après, c’est la guerre totale au terrorisme, aux terroristes, ces ignobles personnages dans la peau desquels DeLillo s’est glissé. Là, je ne marche plus, je ne marche pas dans la volonté des Américains de nous donner à croire qu’ils sont les « premières victimes », qu’ils sont les seuls à avoir connu l’horreur. Comme si rien ne s’était passé avant. Comme si la terreur nazie, comme si la terreur communiste n’avaient pas laissé des millions de morts derrière elles. Comme si seule la Nation américaine était capable de témoigner sur l’inneffable, sur l’horreur absolue. Ce « 9-11 » les Nord-Américains ont perdu leur innocence : est-ce une raison pour imposer au monde leur vision unilatérale ?

Ce jour-là une amie qui travaillait alors à proximité des tours, exactement Union Square, m’a appelé pour me raconter.

– Le temps est beau, pour la première fois depuis des semaines, voilà ce qui s’est passé. Des centaines de morts, c’est affreux.

Je lui ai répondu :

– Fin mai 1944, le bilan d’un bombardement effectué sur la ville d’Orléans a été de 2100 morts. Dont 700 soldats allemands permissionnaires dans la gare des Aubrais. Des centaines de civils ont été tués.

– Qui a commis cette horreur ?

– Vous, les Américains.

Silence de mon interlocutrice. Je ne suis pas certain qu’elle a compris. C’était la guerre, ma maison a été rasée par les bombes américaines. Personne ne parle plus de cette tragédie. DeLillo aurait dû avoir la pudeur de se souvenir de ces abominations de la Seconde guerre mondiale.

– L’énigme Oussama Ben Laden, document, Ian Hamel, ( Payot éditeur, octobre 2008)

C’est la dernière enquête-choc sur Ben Laden, prénom Oussama. Ian Hamel, un journaliste d’investigation franco-suisse particulièrement averti décortique les données de cette Enigme Oussama Ben Laden . Il ne s’est pas contenté de quelques entretiens menés dans ses territoires habituels, Genève et Paris. Il a pris son « bâton de pèlerin », il s’est embarqué depuis plusieurs années dans une longue odyssée. Khartoum, Douchanbé au Tadjikistan, Sanaa au Yemen. L’Arabie saoudite et le Pakistan. Le Liban, la Suisse, la France. Il voulait savoir si Ben Laden existe vraiment ou s’il est une fabrication de toutes pièces. Est-t-il ce qu’il paraît, colle-t-il à son portrait en diable surgissant de sa boite brossé par les Services de renseignement américains, et après eux tous les médias du monde ? Ou bien est-il un pantin entre les mains des Services américains et saoudiens, agité pour … terroriser l’opinion mondiale, et justifier certaines actions sans rapport avec lui ? Comme la guerre contre Saddam Hussein en Irak, dont il est aujourd’hui certain que le dictateur n’avait rien à voir avec Ben Laden. Est-il le « Deus ex machina » d’une puissance sans borne, ou un petit chef de guerre local ?

Sur ce point, Ian Hamel répond de façon plutôt formelle. S’il vit toujours, ce qui n’est pas sûr, Ben Laden n’a jamais disposé, aujourd’hui moins qu’hier d’aucun moyen réel, d’aucune arme sophistiquée dépassant le niveau de la kalachnikov qu’il aime tant brandir. Et en dehors de ses évidentes capacités de propagande intelligente, surtout pas d’arme de destruction massive. Tout juste de la mort aux rats ! Son groupe est rustique, limité, sans envergure. Au mieux bloqué dans les zones tribales du Pakistan, à la frontière de l’Afghanistan, paralysé. En tout cas à l’opposé de sa silhouette fantomatique étendue sur le monde.

Nombre d’experts ont écrit sur Ben Laden, sans sortir de leur bureau. Sans aller vraiment au fond des choses, comment peut-on aujourd’hui porter un regard sur Ben Laden, Oussama ? Il est possible de tracer à main levée son portrait simplifié et en creux par quelques questions, qui risquent de rester longtemps sans réponse faute d’obtenir des aveux circonstanciés de l’individu. Est-il bien le leader du « terrorisme international », ce concept élaboré par l’administration Bush pour justifier les immenses efforts pour le neutraliser ? Est-il un chef de guerre charismatique qui s’inscrirait dans la lignée des maîtres secrets qui des Esséniens aux Soufis émergent parfois de l’Orient compliqué ? Ou un fanfaron ? Un modeste personnage qui a fini par croire à la réputation qu’on lui a fabriqué ? L’image de ce « terroriste planétaire » a été forgée par les services spéciaux américains, comme le croient à juste raison de nombreux musulmans ? Un épouvantail agité de façon récurrente pour permettre à des généraux de justifier les énormes budgets militaires nécessités par la guerre en Irak et en Afghanistan ? Ben Laden et la Qaïda ne seraient que des affiches, des « franchises » en quelque sorte, utilisées par les gouvernement les plus réactionnaires du Proche-Orient pour dévaloriser, pour mater, pour détruire leurs oppositions.

Tout concourt à démontrer que le personnage, et l’organisation Al Qaïda sur laquelle il est censé s’appuyer ne sont que des outils de propagande. Une propagande que l’on est bien obligé de prendre au sérieux, compte-tenu des méfaits commis sous cette bannière de l’Islam radicalEn quelque sorte une construction publicitaire, dont la véritable capacité de nuisance est sans doute fort éloignée du faisceau de circonstances qui lui a permis avec ses hommes de réussir presque par hasard un des coups terroristes les plus stupéfiants de l’histoire. Le propos central de Hamel part d’un constat : la monarchie saoudienne a été horrifiée par les incidents survenus pendant le pèlerinage de la Mecque le 20 novembre 1979 : des centaines de personnes sont prises en otage à la grande mosquée Al-Masjid al Haram par un groupes de cinq cents fondamentalistes qui se sont introduits clandestinement dans les lieux. Dans l’organisation de ce coup de force et dans son dénouement la famille Ben Laden, considérée comme proche de la famille royale, joue un rôle peu clair. Cette tribu familiale apparaît pour la première fois dans l’histoire pour ne plus quitter l’avant-scène pendant trente ans. Pour redorer l’image des Saoudiens comme protecteurs du monde musulman, le prince Turki, chef des services de renseignements saoudiens décide d’aller prêter main forte aux Afghans en lutte contre les Soviétiques. Faute d’obtenir le soutien d’un prince royal, il demande aux Ben Laden d’assumer cette tâche. C’est ainsi qu’Oussama se trouve engagé auprès des Afghani. Avec l’appui logistique massif des Américains, les troupes de Moscou sont contraintes de se retirer. Selon le récit de Ian Hamel, Ben Laden aurait alors conclu que cette victoire lui était totalement due.

La complexité de l’itinéraire impose l’idée que ce grand gosse de Ben Laden ne serait rien par lui-même, , il n’existerait que dans le regard de ceux à qui il est utile. En bref, il n’y aurait pas de Ben Laden, seul son pantin virtuel aurait une forme de réalité. Nous sommes totalement à l’opposé du mythe agité par l’administration Bush pour justifier la « guerre au terrorisme ». Une guerre qui multiplie à l’infini les ennemis des Etats-Unis : ce sera au nouveau Président américain de percer cet abcès, sans doute sans victoire militaire possible.

– Le cabinet noir, au coeur du système d’Yves Bertrand, document Guy Birenbaum, Edition les Arènes

Prolongations, roman Alain Fleisher, Gallimard 12 Dec 2008

Etranges prolongations, du foot et de la vie… D’habitude, quand j’écris sur un livre, une exposition, un film, je recommande la visite. Le cas de Prolongation (Gallimard, collection L’Infini, 2008), le dernier opus d’Alain Fleisher, me laisse plutôt perplexe. Un mot d’abord sur l’auteur, pour comprendre : né d’un père juif hongrois et d’une mère catholique espagnole – c’est ainsi qu’il se présente lui-même – il est à l’origine photographe d’art. Plus ou moins féru de photographie pornographique, dont il est un théoricien. Il écrit beaucoup, mais il arrive assez tard au roman, en 1986. Depuis il nous balance des objets difficilement identifiables, inclassables, des objets qui sont des romans, certes, mais totalement imprégnés de sa culture d’Europe centrale, et de ses talents de photographes. Ce sont des romans qui donnent à voir, qui donnent à entendre, qui donnent à ressentir. Certains ont du succès, d’autres pas. Celui-ci est le premier publié par Gallimard, il était auparavant un poulain du Seuil , il a approché de très près le Goncourt l’an passé. Le plus significatif est Angles morts, allusion évidente aux zones inphotographiables dans la vie. Le plus connu est L’amant en culottes courtes, récit initiatique d’une grande drôlerie. Le meilleur est La Hache et le violon. En bref, je suis un adepte, tout en observant au cours des ans, au cours des années qui passent sur lui, d’étranges dérives, d’étranges obsessions. Etranges ? Pas forcément, après tout : le sexe dans tous ses états, la malignité des hommes ; le crime absolu, la tentative d’anéantissement des Juifs, négation de l’humanité. Et le syndrôme d’Epépé, à savoir la totale incommunicabilité entre les langues, les ponts impossibles à lancer entre les cultures, entre les civilisations. Et, de façon plus précise l’anomalie culturelle et l’inguistique du hongrois, langue que même le diable ne peut ni apprendre, ni assimiler, ni pratiquer. Même les plus proches de MBAOP sont infoutus de prononcer son vrai nom : Nagy-Boksa, dit Sarkozy.

Il faut donc avoir présentes à l’esprit toutes ces obsessions quand on aborde Prolongtions, que je pourrais définir comme les horrifiques aventures d’un interprète franco-hongrois, hungaro-français, si vous préférerez, égaré dans une conférence internationale sur l’avenir de l’Europe qui s’éternise à Kaliningrad. Kaliningrad qui était naguère Königsberg, la forteresse des Chevaliers teutoniques. Détruite par des bombardements britanniques, conquise par les Soviétiques en 1945, qui en ont profité pour vider la ville de sa population, d’abord en la massacrant, et accessoirement en l’expulsant. Or notre interpète – obsession de la langue – , juif naturellement – obsession du massacre -, est entraîné dans des aventures singulières avec  trois jeunes femmes par une bande de survivants qui sont peut-être aussi des fantômes et dans les méandres d’un labyrinthe qui est aussi un lupanar géant tenu par les mafieux qui dominent la ville. Allusions évidente au football, les Prolongations sont les heures, les jours, la vie supplémentaire concédée au jeune interprète après ce qui peut être son assassinat commis alors qu’il “fait l’amour” à une de ses trois partenaires.  C’est le décor. Le fond du décor sur lequel se développe un récit d’une incroyable complexité dont les héros est en fin de compte la victime. Voici où je veux en venir : de façon progressive le récit tourne à un long monologue où la philosophie de l’histoire – philosophie de haute volée mais aussi parfois de bazar –  se mêle à d’interminables digressions pornographiques. Dur dur à suivre. Fleisher est-il un génie ? Fleisher est-il un maniaque pervers ? Fleischer est-il un tricheur de la littérature ? Je vous avais promis d’éviter de recommander cette lecture. Eh bien, je vous la recommanderai quand même. Tout en vous prévenant : il faut du courage et de la persévérence pour plonger dans ce texte crépusculaire.

– La ritournelle de la faim, roman, JMG Le Clezio, Gallimard

Nombre d’entre vous vont recevoir ou ont reçu comme cadeaux de Noël les derniers livres popularisés par l’actualité. « Syngué sabour »(POL), le Goncourt, premier roman écrit en français par l’écrivain et cinéaste afghan Atiq Rahimi.et et « Le roi de Kahel », le Renaudot (Le Seuil), dû à la « plume » du Guinéen, Tieno Monenembo.

Vous avez toutes chances de voir arriver dans vos chaussures placées devant la cheminée, quand il y en a une, « Ritournelle de la faim » (Gallimard) de notre Nobel de littérature JMG Le Clezio.
Ais-je le droit, moi très modeste écrivain, d’émettre quelques réserves quant au dernier opus de notre désormais monument national, notre Prix Nobel de littérature, JMG Le Clezio ? On me reprochera sans doute d’exercer ce droit, mais on doit se souvenir qu’il n’y a pas de grande amitié sans esprit critique. Etant entendu, en l’occurrence, que depuis ses origines, je suis la route de Le Clezio, ses livres sont épars dans mes bibliothèques.

Alors, on s’y colle. Le dernier roman publié par JMG Le Clezio me laisse dubitatif. En quelques mots, c’est l’histoire d’Ethel, une petite fille devenue grande sans avoir jamais pu être vraiment jeune. Elle a grandi dans une famille de Mauriciens exilés à Paris, figés dans leurs ambitions déçues, dans leurs déconfitures, dans leurs idées assez absurdes mais largement partagées par la bourgeoisie d’alors. Un grand oncle l’aide à découvrir le monde, il lui laisse son héritage qui sera dilapidé par ses parents, lesquels se disputent à n’en plus finir; une amie russe la séduit et la trahit;  le père grande gueule mais trop naïf est lessivé par des margoulins;  la guerre passe avec tous ses bouleversements. L’amoureux d’Ethel est juif, britannique, elle le retrouve après la guerre, ils se marient, ils émigrent au Canada. Ainsi racontée, c’est une jolie histoire, peut-être simplette. Bien écrite, dans le style clair et élégant propre à l’auteur. Un style un peu surrané. Comme si les trop longs séjours de Le Clezio loin de la culture francophone ne lui avaient pas permis de coller à l’évolution littéraire française.

Ça ne me gène pas. Non. Mais je suis troublé par le côté désuet de ce roman. Il me semble être plongé dans  dans un monde archaïque. De la Comtesse de Ségur à peine évoluée, y compris avec ses violences sous-jacentes, non vraiment dites, ses conflits de cultures et de générations en arrière-plan. La comtesse de Ségur ou Hervé Bazin, une critique sociale assez convenue d’un monde englouti par la seconde guerre mondiale. Ceci pour les trois premiers quarts du bouquin. Qui bascule ensuite soudain dans le roman plus noir que noir, par la description cette fois acide d’un effondrement social… Avec des échappées et des manières qui s’apparentent à du Patrick Modiano. On y retrouve la double obsession de Le Clezio : ses origines mauriciennes, avec ses ancêtres trafiquants d’esclaves ; et Nice, présentée de façon assez surprenante comme une ville d’hiver triste, encombrée par les oripeaux de l’occupation. En vérité, il y a deux livres différents dans l’opus de Le Clezio, et c’est ce qui m’intrigue. Un roman à l’ancienne, et un roman très moderne où il nous signifie que rien n’est pire que le racisme. Et la référence au boléro de Ravel qui justifie le titre m’apparaît tout à fait plaquée. Une erreur étonnante : le Vel’D’hiv’ n’a pas été remplacé par une plateforme entourée d’immeubles modernes et décrépits , mais par un building de bureaux rue Nélaton, longtemps occupé par Elf, puis par la DST. La plaque de mémoire est apposée au pied de l’immeuble, boulevard de Grenelle.

Une impression me tracasse : ce texte n’est-il pas un manuscrit très ancien revisité, repétri après bien des années ? Comme si JMG était obligé par contrat de publier un texte par an, sans toujours disposer des meilleures sources d’inspiration ?

Je retiendrai quand même le portrait d’Ethel, une fille pour le moins peu conventionnelle qui ne parvient pas vraiment à s’insérer dans notre vie. Son exil final ne nous surprend pas.Il lui faut aller ailleurs chercher une autre vie.

C’était notre terre, roman de Mathieu Belezi, Albin Michel, 2008.

– Les années cannibales, autobiographie, Christine Arnothy, Fayard, 2008

J’ai lu avec un peu de retard l’autobiographie de Christine Arnothy, sa quatrième en attendant une possible cinquième. Curieux cette passion pour elle-même entretenue par cette écrivaine. Comme s’il lui était nécessaire d’écrire, et de réécrire, sa vie pour croire qu’elle existe quand même. Elle a commencé dans l’autobiographie, J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir, il est possible qu’elle termine dans l’autobiographie.

En deux mots, son histoire : fille d’un couple hungaro-autrichien, prise dans le siège de Budapest en 1944, évadée de Hongrie avec ses parents après la main mise communiste sur son pays ; réfugiée errant d’un pays à l’autre, finalement tombée dans les bras de Claude Bellanger, fondateur de propriétaire du quotidien Le Parisien libéré, dont elle a été la collaboratrice pendant quarante ans. Le quotidien est devenu depuis Le Parisien.  Au bras de son amant-mari patron de presse, elle a côtoyé tous les grands de ce monde, elle a entretenu de forts liens d’amitiés avec François Mitterrand. Elle a publié une trentaine de romans à succès, plus trois “américains” sous pseudonyme – William Dickinson -. Elle a eu trois enfants, dont les deux aînés ne veulent plus la voir. Une épouvantable aventure paraconjugale avec Claude Bellanger qu’elle a fini par épouser après des péripéties dignes d’un roman de cap et d’épée. La Hongrie, l’Autriche, la Belgique, la France, les Etats-Unis, la Suisse elle a sauté d’un pays à l’autre. Une vie bien remplie, assez aventureuse pour nourrir son imagination.

Mais, apparemment, elle n’est pas parvenue à se retrouver un pays. “D’origine inconnue” selon ses premiers papiers d’identité, française par attribution d’une carte d’identité “par le fait du Prince”. Et aujourd’hui, quoi ? Pour raconter cette histoire, elle a pris le parti de se confier à un couple d’Américains rencontrés à l’hôtel Beverly Hills de Los Angeles, tandis qu’elle ne cesse de courir vers le Mexique pour préparer un nouveau roman. Ce choix est singulier. Je le comprends, car il lui permet de marquer sa distance vis-à-vis d’elle-même. Mais il me laisse dubitatif.

Dans ce texte d’une facture par ailleurs très classique je suis frappé surtout par le fait que, comme elle n’a jamais réussi à se débarrasser de son terrible accent hongrois, Christine Arnothy n’a jamais pu rejeter cette tunique de Nessus qui l’étouffe depuis toujours : elle est, elle sera à jamais une réfugiée, une exilée, elle est ailleurs, désintégrée, les Français n’ont jamais admis parmi eux cette charmante femme qui écrit sans ambages que la société française des années soixante était un étouffoir moral épouvantable. Même dans cette gauche à laquelle elle revendique d’appartenir. Etouffoir, mesquineries, hypocrisie. Escroqueries intellectuelles, chantage. Tout était bon pour abaisser, pour briser cette femme venue d’ailleurs, à laquelle sa boulangère proposait un “batard” quand elle commandait un baguette. Est-ce le sort de tous les réfugiés, de tous les exilés ? Qu’il soit juif ou afghan, un exilé peut-il trouver sa place dans notre société européenne, sans être dévoré par les “Années canibales” ? Arnothy répond à sa manière : elle rêve de s’installer de façon définitive aux Etats-Unis, qui lui apparaissent comme le seul havre de liberté. En attendant, elle s’est “réfugiée” à Genève. En Suisse.

§ Le mystère Dang, Anne Pitoiset et Claudine Wéry, Document, Ed Le Rayon vert, 2009

André Dang est un nom tout à fait inconnu en France, en dehors du petit cercle des initiés à la Nouvelle-Calédonie, à 18000 km de la métropole. Et pourtant, cet homme est l’une des clés de ce lointain territoire du Pacifique qui vaut à la France de tenir le rang de quatrième producteur mondial de nickel !  Comme tous ces pays d’aventure, dans cette société complexe, mélange de descendants de bagnards, parmi lesquels de nombreux Politiques, dont Louise Michel, de Kanaks, de descendants d’Algériens exilés et de vietnamiens émergent des figures extraordinaires. A premier rang desquels André Dang, devenu un des nababs de ce pays. « Le mystère Dang » est  un récit mais il se lit comme un roman d’aventures. Dang intrigue, il inquiète, les auteurs ont tenté de le décrypter.
Né misérable dans les années 1930, sur les flancs d’une montagne de nickel, le Koniambo, André Dang, est un descendant de travailleurs venus d’Indochine trimer en Nouvelle-Calédonie pour développer la colonie.  Après la mort de son père sur la mine, Dang est adopté à 6 ans par une famille asiatique de Nouméa, qui lui fera découvrir l’école. Elève surdoué, le petit Viet est relégué au fond de la classe avec les Kanaks. Comme eux, il figure au rang des parias de la société calédonienne, alors dominée par quelques grandes familles qui contrôlent tous les rouages de la vie politique et économique.  Habité d’un désir de revanche sur l’Histoire, qui ne le laisse jamais en paix, et doué d’un grand sens des affaires, André Dang parvient à bouleverser l’ordre établi et fait fortune dans le commerce de voitures. Il brise les codes de l’économie de comptoir pour jouer à jeu égal avec les grandes familles européennes. Méprisé par les Caldoches d’origine européenne, il se lie d’amitié dans les années 1970 avec le leader indépendantiste, Jean-Marie Tjibaou. Des liaisons dangereuses avec les milieux kanaks, qui lui vaudront six ans d’exil forcé en Australie au début des années 1980 lors des violences qui opposèrent kanaks et caldoches.
La paix retrouvée, André Dang devient l’homme providentiel des kanaks.  Dans le sillage des Accords de Matignon (1988), qui depuis déterminent la vie politique du territoire, pour récupérer la maîtrise de leurs richesses les kanaks prennent pied dans l’industrie du nickel, au travers de la SMSP (Société minière du sud Pacifique), vendue par le député Jacques Lafleur. Dang mène la danse. Une nouvelle fois, le diable d’homme s’attire de graves inimitiés et foule au pied les habitudes de l’industrie minière locale. Avec succès. En 1995, la SMSP se hisse au rang de premier exportateur mondial. Grâce à des accords avec des géants mondiaux, elle a inauguré fin 2008 une usine métallurgique en Corée du sud et une autre est en construction au nord de la Nouvelle-Calédonie. Au pied du Koniambo. Tout un symbole pour André Dang.
Il est aujourd’hui âgé de 73 ans, il pose toujours autant de problèmes à la communauté calédonienne. Aussi atypique par les haines qu’il a suscitées et le mystère qui l’entoure. Il a été longtemps soupçonné d’être un agent vietcong, puis accusé de financer les indépendantistes kanaks. Il est une figure majeure sur la scène mondiale du nickel. Une bonne raison pour découvrir cet homme.
Le Mystère Dang, Ed Le Rayon vert, 224 pages dont 32 de photos. Déjà publié en Nouvelle Calédonie,le livre sera disponible en métropole à partir de la mi-février. il sera distribué sur le net (site fnac, amazon.fr etc.) dans quelques librairies spécialisées et à la maison de la Nouvelle Calédonie.

Partageant son temps entre Nouméa et Paris, ancienne journaliste à l’Agence Reuters Anne Pitoiset est la meilleure spécialiste française de la Nouvelle Calédonie et du Pacifique. Sa partenaire Claudine Wéry, est correspondante de l’Agence France-Presse à Nouméa. Les papiers de Pitoiset permettent aux Français de prendre connaissance des affaires très stratégiques qui se déroulent dans cet archipel lointain, situé dans le Pacifique, très exactement à l’autre bout du monde.

# Sur deux ministres pris à partie, les ministres en prennent plein la G

Par les temps qui courent, il n’est pas agréable d’être ministre. Les écrivains journalistes s’acharnent :

# Le Monde selon K, document, par Pierre Péan, chez Fayard, 2009.

Ce brûlot contre Bernard Kouchner provoque une vague de démentis et de soutiens. François Fillon, naturellement, mais, ce qui est plus surprenant, Martine Aubry.

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# «Belle-Amie», document  de Michaël Darmon et Yves Derai (Ed. du Moment) 2009.

Tout aussi vitriolé,  à la fois plus people et plus politique, ce livre est consacré à  Rachida Dati . Les auteurs explorent les différentes hypothèses émises quant au père de la fille de la Ministre. Hypothèses non concluantes, au demeurant.  Après avoir écarté la piste d’Aznar, l’ancien Premier ministre espagnol  Darmon et Derai opteraient pour leur part en faveur du procureur général du Qatar, Ali Bin Fetais al-Marri.

# La fille du partisan, roman, Louis de Bernières. Bibliothèque étrangère, Mercure de France. 2008

Je n’ai pas grand chose à en dire, alors que d’habitude j’aime beaucoup cet auteur.

§ L’origine de la violence, roman, Fabrice Humbert, éditions du Passage

J’ai mis un peu plus longtemps que je ne le voulais à lire cet étrange livre. Qui, d’une certaine manière est chaotique et incohérent. L’histoire initiale est simple : lors d’une visite à Buchenwald, dans la banlieue de Weimar, le narrateur découvre une photo stupéfiante : y figure un déporté, David Wagner, qui est le portrait trait pour trait de son père. Or le narrateur s’appelle Fabre, issu d’une famille normande. Rien à voir en apparence avec un Wagner. Avec les Juifs massacrés pendant la guerre.

A partir de cette découverte révélation, le narrateur plonge dans l’histoire de sa famille, dans sa propre histoire, dans ses profondeurs. Dans le secret de famille absolu. Et s’installe un jeu de miroirs de plus en plus complexe qui le conduira vers la vérité, vers sa vérité.

“Là se lit peur-être mon rapport à la violence et à la peur… La cause, la vraie [de ce livre] est la découverte d’une photographie, avec toutes les révélations que celle-ci entraîna. Mais en même temps, je sais bien que cette chambre sombre est aussi creusée en moi, dans la profondeur de mon être et qu’un enfant y est enfermé. Je sais bien, si je veux l’affronter, que des images noires, des étouffements et des violences sont enfermées dans mon corps…”

Débrouillez-vous avec ça, dans ce labyrinthe de miroirs. Le livre n’est pas très construit, pas très cohérent, mais il paraît que c’est moderne, on ne raconte plus une histoire, on évoque des bouts d’histoires censées s’expliquer le uns les autres.

Opération Snakebite, par Stephen Grey

Mon ami Stephen Grey, grand reporter de guerre britannique et analyste sévère de la politique militaire menée par son pays me signale la parution de son nouveau livre, Operation Snakebite, édité par Viking Penguin.Désolé de vous donner le texte en anglais, mais je préfère.

It’s a look at the war in Helmand, southern Afghanistan, starting with when I was with one company of British soldiers, as well as US special forces, during the assault to recapture the Taliban stronghold of Musa Qala.  I witnessed some shocking scenes – the mistaken killing of civilians including children, and then the death of a British soldier in a mine strike not far from where I was standing.

I decided to try and understand this war to my best extent by revisiting those events and follow the story that led to this battle back in time, dissecting a very modern scene of battle from the frontline back to the decisions and debates in the corridors of power that shaped those events.

The result I hope is not only a gripping story of the biggest British-led battle fought on Afghan soil since the days of the Empire, but an unvarnished revelation of why these men are fighting, the horrors they endure and their candid views on the conflict. I trace too the war within the war – the clash of passionate personalities, the shockingly poor state of intelligence, the tension and humour of British and Americans fighting alongside, frank debates on where this war is going and the lack of a strategy, details of the secret contacts with the enemy, and highly-controversial special force operations.

I hope then that, while focussing on just a few weeks in the history of this war, it will stand as a parable that reveals some inner sense of the conflict that many expect to last for a generation.

I’ve certainly been shocked by what I found. My jaw dropped at some of things they told me – and what emerges is the gulf between the reality of the war they described and that I recount,  and how it is portrayed in public.le livre sera publié le 2 avril. il a fallu un an de travail – et de risques – à Stephen pour venir à bout des deux cents entretiens menés dans cinq pays.

Il est  aussi le reporter for a Channel 4 Dispatches – Afghanistan: Mission Impossible? — to be broadcast on April 6th at at 8pm in the UK and based partly on reporting for the book.

Justice : mise en examen : par Frédéric Valandré

Editions Underbahn, Wilmington, Delaware. 268 pages, mars 2009 Prix 12,00€ (frais de port compris pour la France) ISBN 0-9774224-8-8

L’auteur : Frédéric Valandré parle de son livre. Dirions-nous que son propos n’est pas exactement progressiste, il admet même être plutôt très à droite. Il a par ailleurs consacré sa thèse de doctorat aux Editions Alain Moreau.

La violence politique est excusée, voire justifiée, dès lors que les assassins peuvent être assimilés à des révolutionnaires ou à des progressistes. Un gangster dénué de pitié et aux mains tachées de sang est considéré comme un justicier solitaire lâchement exécuté par la police. On transforme un criminel avéré, tel un violeur en série ou le meurtrier d’une femme agée, en l’innocente victime d’une prétendue erreur judiciaire. Comment est-ce possible ? Toutes ces aberrations, et bien d’autres encore, j’ai souhaité les passer au crible dans cette “mise en examen” d’une pseudo-justice, dont les dégâts ont été et demeurent considérables dans notre pays. Un dossier noir de la justice médiatique.

Frédéric Valandré est écrivain et docteur en sciences humaines. Il est l’auteur de France Intox, publié par les Editions Underbahn en 2006.

Livre : Seul dans le noir par Paul Auster

182 pages, Actes Sud, janvier 2009

August Bill est un critique littéraire cloué dans son fauteuil à la suite d’un accident de voiture. Hanté par les insomnies. Depuis la mort de son épouse, Sophie, il vit dans le Vermont chez sa fille Myriam, divorcée ; sa petite fille Katya les a a rejoints après l’enlèvement suivi d’assassinnat en Irak de son ami Titus.

Pour essayer de consoler Katya August passe ses journées à regarder des films d’anthologie à la télévision… Et pour occuper ses nuits il invente une fantasmagorie tragique qui se déroule pendant une guerre civile opposant les Etats Unis et les Etats indépendants d’Amérique. 13 millions de morts. Pour mettre fin à ce carnage, Owen Brick doit tuer August Brill, le critique littéraire qui a fomenté la révolte des Etats indépendants contre les Etats Unis…

Cette fabuleuse histoire n’a qu’un temps. Brill doit rentrer dans sa peau de grand-père. Il a perdu sa chère femme voilà quelques mois, sa petite fille est inconsolable. Alors il entreprend de lui raconter sa vie compliquée de ménage. Sa rencontre avec Sophie, une chanteuse de grand talent. Comment ils se sont séparés, comment grâce à leur fille ils se sont retrouvés après de nombreuses années.

Je voulais en venir là, à ces pages poignantes et magnifiques où le héros évoque sa vie avec sa femme, aux rapports incroyablement compliqués, obscurs entre son épouse et lui. Comment la vie est passée. Comment au-delà de tout la passion a structuré leur vie.Ils se retrouvent, il raconte à sa petite fille comment il appelle Sophie sa grand-mère au téléphone :

“Non sans trépidation. Non sans boule dans la gorge et noeud à l’estomac. C’était la répétition exacte de la première fois que je l’avais appelée- vingt-sept ans auparavant. J’étais de nouveau le jeune froussard de vingt ans transi d’amour qui prend son courage à deux mains pour appeler la fille de ses rêves et lui demander un rendez-vous.”

Par ce récit hanté par la guerre, la mort, le remord, August Brill finit par ramener sa petite fille à la vie. En cours de route, on oublie la fiction dans la fiction échafaudée au coeur du roman. Qu’importe…

J’apprécie surtout l’immense liberté de ton, la finesse de Paul Auster, qui nous dit tout en quelques mots pudiques.

Livre : A most wanted man, John Le Carré

57UTCp30UTC04bMon, 27 Apr 2009 08:36:57 +0000UTC 9,2008 by phmadelin

Vous avez évidemment traduit : “Un homme très recherché”, par John Le Carré, Editions du Seuil, octobre 2008

Vous avez traduit, et peut-être ne comprendrez-vous pas les intentions profondes de Le Carré, que l’on considère toujours comme le maître de l’intrigue en eaux obscures et boueuses. Eh bien si vous comprenez ses intentions, fortiche, car j’ai beau rechercher, je ne pige pas vraiment ce qu’il a voulu raconter et expliquer.

Ou plutôt si, mais pas bien. Depuis plusieurs opus, Le Carré multiplie des critiques contre le monde capitaliste occidental et ses perversions. Je sois convenir que j’ai beaucoup aimé son roman qui se déroulait en =afrique, sur fond de guerres tribales en Afrique.

Ici, dans “un homme très recherché”, Le Carré est rentré en Europe, dans son monde des services secrets. Pour dénoncer les manipulations des jusqu’auboutistes de la Guerre froide. Ici un gentil Tchétchène héritier d’une fortune mal acquise est soupçonné d’être un complice des grands tueurs méchants du monde islamiste, soupçonné par les agents secrets de la CIA, du MI6 et du Service de protection de la constitution, la DST allemande. Une DST qui ne serait qu’une officine de renseignement, pas un service de police. Sur cette toile de fond se greffe une gentille histoire d’amour entre un vieux banquier british et une jeune avocate écolo.

Il y a des personnages, il y a une histoire, il y a un mystère, des héros entrainés dans le gouffre. Alors, pourquoi “Ça” ne marche pas ? Pourquoi l’histoire est tellement méandreuse et filandreuse ? Pourquoi, hormis le vieil Anglais banquier les personnages ne fonctionnent-ils pas ? Allez savoir.

Un seul point positif, mais qui n’intéresse que le spécialiste du renseignement : l’autopsie au scalpel des éternelles batailles entre les Services censés oeuvrer dans le même sens, et qui n’ont qu’une idée : démolir le voisin.

Moi, Sandor F, Alain Fleischer, Roman, éditions Fayard, février 2009

Il est lui et il est l’autre. Il est l’autre sans être sa réincarnation. Il est lui, Sandor F., né en 1944 à Paris, qui se rappelle de l’autre, Sandor F., né à Budapest en 1917. Je me souviens.

Cette fois, Alain Fleischer a fini par se dévoiler. Total dévoilement. Alain Fleischer aurait dû s’appeler Sandor F. Il est Sandor F, à la fois hier et aujourd’hui.

Je dois avouer avoir été inquiet pour Fleischer après avoir lu son roman « Prolongations ». Je craignais qu’il ne sombre dans une forme de maniérisme ésotérique, compliqué à l’extrêmet, où tout devrait être incompréhensible pour être compris.

Il nous revient avec un roman étrange. Un roman ? Ou la biographie croisée de lui-même et de son oncle disparu entre Budapest et Auschwitz, un jour d’avril 1944. devenu bestiau emmené à l’abattoir?

Biographie, évidemment un peu fantasmée, sinon Fleischer ne serait pas Fleischer. Mais aussi l’hommage le plus fort, le plus émouvant, le plus tragique à ces 400 000 Hongrois enlevés en quelques jours à Budapest, au printemps 1944. Assassinés, massacrés. Abattus comme du vil bétail.

 » Moi, Sandor F. né à Budapest en 1917, alors que je vais mourir dans quelques heures ou dans quelques minutes, en ce jour d’avril 1944, quelque part entre la Hongrie et la Pologne… « 

En reconstituant avec minutie la vie de son oncle Sandor – prononcez Shandor – Fleischer nous donne à comprendre par l’intérieur la souffrance extrême des ces centaines de milliers de Juifs massacrés pour l’unique raison qu’ils étaient juifs. Niés dans leur existence même par des bourreaux d’une arrogance égale à bêtise absolue.

 » Pour se sentir heureux d’être des hommes, ils ont besoin de ne l’être plus tout à fait, de penser moins, d’être moins seibles, moins éclairés, moins humain, en somme ».

 » J’aimerais leur expliquer leur […] démontrer que l’arrogance est une faiblesse de la pensée, une faute, car la chute de l’arrogance est inévitable, bien plus ridicule et douloureuse que celle de l’humble[…] L’arrogant ne dialogue pas, il monologue […] L’arrogant monopolise la parole, s’en attribue l’exclusivité, mais c’est obligatoirement face à ceux que sa parole insulte, car il faut ce public captif et méprisé au matamore arrogant ».

Ça ne vous rappelle rien ?

Je vous préviens : ce roman qui n’en est pas un est terriblement dur à avaler, à assumer. Mais il faut le lire, pour retrouver les racines de la violence absolue.

Moi Sandor F. est un chef d’oeuvre, une oeuvre d’art, qui nous donne à comprendre l’horreur absolue.

Une odyssée américaine ( The English Major) Jim Harrison, Flammarion

Naguère prof, hier agriculteur dans le Michigan, Cliff est chassé de chez lui par un divorce qu’il n’a pas voulu.

Pour se consoler, il entreprend de visiter tous les Etats de l’Ouest américain, avec l’intention de les rebaptiser, et de renommer tous les oiseaux fétiches de ces Etats.

C’est léger, sympathique, mysogine en diable. Ce bouquin sans grande ambition autre que de raconter quelques histoires assorties de beuveries, m’a surtout donné envie de retourner dans l’Ouest pour errer d’une sierra à une mesa.

les tabous de la police

By phmadelin

Tabous policeLes tabous de la Police, Bourin éditeur
Après dix-sept années d’activité, Mohamed Douhane, commandant de police, décrypte et dénonce les principaux tabous, fantasmes et hypocrisies, entourant la lutte contre l’insécurité. Ce témoignage rare met en lumière la vie et le parcours d’un flic issu de l’immigration. Officier atypique, Mohamed Douhane n’hésite pas à aborder les sujets sensibles qui touchent le cœur de notre société en crise : la délinquance des mineurs, les violences urbaines, la prévention de la criminalité, et les limites de l’action policière. Avec humilité, mais sans complaisance, il livre un témoignage à ” cœur ouvert “, bien loin des discours des marchands d’illusions et des postures politiciennes habituelles.
Diplômé de Sciences Politiques, Mohamed Douhane entre dans la police en 1992. Après une longue expérience dans un commissariat de banlieue, au sein d’une unité de PJ, il obtient un poste d’officier responsable des brigades de voie publique à Paris. Il est aujourd’hui commandant de police et conseiller technique au sein du syndicat Synergie-Officiers (CFT-CGC).

# Les gens, Philippe Labro, roman, Gallimard

31 mai 2009 by phmadelin

Dommage que Labro aie choisi un titre aussi neutre pour son dernier roman. Un titre peu engageant, peu parlant. Dommage vraiment, car il avait, il a de l’ambition… Non content d’avoir été un journaliste celèbre, Labro a publié une vingtaine de livre, dont douze romans. Tous plus ou moins centrés sur la vie et la culture américaine. D’une certaine manière, il ne s’est jamais vraiment remis de son premier séjour là-bas, comme étudiant. Et depuis,sans se lasser, il nous raconte des aventures américaines.

Parfois mâtinées de grosses touches françaises. Ce qui est le cas. Cette fois, il nous raconte comment Maria, une jeune marginale californienne d’origine polonaise, va être recrutée par des “chasseurs de têtes audiovisuels” pour monter un talk show à grand spectacle, selon un concept nouveau. La jeune femme, l’héroïne, doit passer au grill d’un questionnement féroce des personnages célèbres.

Description du parcours, des rencontres qui la conduisent d’aiguillage en aiguillage, passant de mains peu ragoutants en mains bienveillantes jusqu’à son recrutement. Prétexte pour décrire la haute société friquée californienne, puis la haute société française, mixture de Bobo, de politiciens, de rats entreprenants et avides.

Le roman est habilement monté, plutôt bien écrit, bien que sans recherche excessive au plan stylistique. En bref agréable, il se lit comme un “page turner”. Seule réserve : Labro est un type trop gentil, il n’est pas assez acide pour que sa critique sociale à la Balzac soit vraiment convaincante.

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