Archive for the ‘roman français’ Category

Roman : courts circuits, Alain Fleisher

4 janvier 2010

Courts circuits, roman, Alain Fleisher, Editions du Cherche Midi ( billet « in progress », en construction)

On doit se laisser submerger par ce texte étonnant, sans queue ni tête, mais emporté par le tourbillon et la magie du mot et d’histoires improbables… On court de l’une à l’autre, on saute de la Tchéquie à l’Amazone en passant par l’Italie, le Mali et Londres, la Hongrie et la Californie. De la petite pute assassinée au professeur de pédiatrie de Stanford, du vieux tailleur hongrois oeuvrant au fond de sa boutique dans une ville perdue de Tchéquie, de l’aventurier pianiste égaré dans la forêt équatoriale, du missionnaire québécois violant une morte… Toute une vie, tout un univers. Des personnages toujours profondément vivants même quand ils ne sont esquissés qu’en quelques lignes. Au menu humour ravageur, autodérision, un pessimisme profond sur l’espèce humain. Sur toutes les espèces.

C’est un gros bouquin, on l’observe comme un gros bouquin, on est un peu effrayé. Et voici qu’on plonge,, qu’on ne peut plus s’en sortir, on est soulevé par les vagues tumultueuses

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Roman – Démon – quelques éclairs géniaux dans un magma

2 décembre 2009

Démon est un roman écrit par Thierry Hesse, aux Editions l’Olivier.

A côté de quelques scènes fascinantes, parmi lesquelles une formidable description de la mort de Staline, ce roman est une sorte de fatras, un pantin désarticulé. Il ne raconte pas une histoire, mais, trop souvent il se contente d’étaler des connaissances qui semblent pompées sur Google ou dans des livres d’histoire trop vite avalés. C’est tout et n’importe quoi : un procès aux Assises à Caen, d’improbables reportages sur des inondations – il doit se nicher quelque part un symbole philosophique que je ne saisis pas -, des scènes de guerre à Grozny, une visite au site du Vel d’Hiv, rue Nelaton à Paris. Dont l’auteur semble ignorer qu’il a été longtemps occupé par la police, la DST. Sa vision du métier de grand reporter serait hilarante si elle n’était pas si fausse… Il est peut-être bien documenté, mais pas là où il faut, ni quand il faut.

Candidat au Goncourt ? Le jury serait tombé plutôt assez bas tant ce texte sans queue ni tête est éloigné de la conception même la plus basique de l’art romanesque. Son portrait de « reporter » prouve à tout le moins que ce professeur de philosophie entretient une vision assez singulière de ce métier. L’égal de Tolstoï, est-il suggéré sur la 4° de couverture !

Quel dommage d’avoir raté un si beau thème de roman : aller à la découverte d’un père qui n’a jamais parlé, pourquoi n’avoir pas parlé avant son suicide ; enquête sur ses parents venus de nulle part. Hesse a préféré se rouler dans le chicheton, comme on dit se rouler dans la boue. En vérité, je suis même furieux de voir des critiques considérer ce truc comme de la bonne littérature.

La vérité est que Thierry Hesse est peut-être un bon prof de philo, mais pour le moment un écrivain pas encore devenu. En tout cas à des années lumières de Tolstoï et de Dos Passos dont il revendique l’héritage.

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Roman – Le testament syriaque – Barouk Salamé

1 décembre 2009

Rivages-Thriller, Editions Payot février 2009 –

Ce testament syriaque, ce sont 522 pages pour un pseudo thriller particulièrement alumé. Dans tous les sens du terme, car on passe son temps là-dedans à s’allumer par toutes les armes possibles, du taser au fusil à fléchettes, du bon Manhurin des familles à toutes sortes de pistolets mitrailleurs, sans oublier différentes formes de poignards. Car l’auteur – qui écrit sous pseudo – est peut-être avant tout un excellent connaisseur des armes de poing. Mais aussi, fort probablement, un véritable expert en islamologie ancienne avec ses prolongations dans les différents mouvements fondamentalistes qui essaiment dans le monde.

En vérité, l’islamologie est le vrai sujet de ce gros bouquin bien écrit, qui se lit vite, même si un excès d’érudition peut parfois rebuter.

Les thème central est heureusement simple : une journaliste minable et famélique ramène de Tambouctou un grimoire, un codex aux pages en papyrus, écrit dans une langue qui paraît étrange : le syriaque, une variété de l’araméen pratiqué au Proche-Orient durant des siècles. Et le déchiffrage du document laisse penser qu’il s’agit du « testament de Mahomet », qui est réputé de pas en avoir laissé derrière lui après sa mort. A partir de ce schéma simple se développe une intrigue échevelée dans laquelle on voit différents groupes chercher à s’emparer du document ; d’autres à le détruire parce qu’il serait iconoclaste… En bref, la lutte finit par mettre Paris à feu et à sang.

Mais l’intérêt véritable du bouquin est dans l’analyse extraordinairement fine de l’Islam actuel, et de l’Islam des origines, qui explique les guerres sans merci que mènent les sectes musulmanes. Où l’on découvre en particulier que la doctrine de l’Islam ne serait qu’un avatar du judaïsme transmis par le christianisme ancien. La thèse est très fortement argumentée, on comprend vraiment les mécanismes de fonctionnement des innombrables factions qui mettent le feu au monde. Comme manière de nous initier, c’est très malin : jamais je n’aurais acheté un ouvrage théorique sur l’évolution de l’Islam. Là, j’ai été obligé de lire.

Une citation, qui répond à la question : qu’est-ce que nous apportent les gnoses chrétiennes, juives et musulmanes :

 » Le sens du relatif et beaucoup de richesses. Ne pas croire que le monde commence avec nous sous prétexte que l’on possède la dernière [foi ? Croyance ]. Révélation, enrichir sa foi avec des intuitions venues d’ailleurs. Permettre aux traditions religieuses de se mirer les unes les autres ».

C’est assez énigmatique pour rendre inévitable une lecture approfondie de ce texte étrange.

Un écrivain sympa et gonflé : Mordillat

26 novembre 2009

Gérard Mordillat est un écrivain sympa et gonflé, il en reste. BiblioObs nous révèle son choix

Xavier Darcos devrait remettra le 7 décembre prochain le premier «prix littéraire du roman d’entreprise». Parmi les trois finalistes de la sélection figure Gérard Mordillat, pour «Notre part des ténèbres» (Calmann-Levy). Mordillat n’y va pas par quatre chemins.

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«Je n’irai pas à la remise du prix, d’une parce que je suis dans les finitions de ma série «Les Vivants et les morts» (8×52′ d’après mon roman pour France 2 et Arte) et de deux parce que je ne veux pas être dans l’obligation de serrer la main – même au titre de simple politesse – à un membre d’un gouvernement qui s’enorgueillit d’avoir un ministère du racisme et de la xénophobie, qui stigmatise les chômeurs comme des feignants et les salariés comme des privilégiés, qui taxe les indemnités des accidentés du travail etc, bref qui développe une philosophie facho-libérale que tout en moi réprouve, que tout en moi combat.

Mais a-t-il vraiment le droit de s’exprimer ?

Goncourt : les lauréats seraient astreints au devoir de réserve ?

9 novembre 2009

Probablement furieux d’avoir vu le prix Goncourt à Marie Ndiaye, une bonne Française quoique puissent en penser certains, Eric Raoult vient d’inventer un nouveau concept politico-littéraire : les lauréats du goncourt seraient astreints à un devoir de réserve. Portant les valeurs de la culture française dans le monde, ils n’auraient plus le droit de porter des jugements sur la vie politique en France, quand ces jugements pourraient porter tort. A notre Président, par exemple. Il faut dire que l’écrivaine n’y va pas avec le dos de la cuiller lorsqu’elle s’en prend nommément au Président, à son Ministre de l’intérieur Brice Hortefeux, et au ministre de l’identité nationale, Eric Besson. Apparemment Eric Raoult voudrait que ces ce scandale. eric-raoult-rappelle-marie-ndiaye-a-son-devoir-de-reserve

Le Prix Femina, Gwenaelle Aubry

9 novembre 2009

Nouvelle victoire pour Gallimard qui remporte, lundi 9 novembre, via sa filiale Le Mercure de France, le prix Femina avec Gwenaëlle Aubry et Personne. Elle l’a emporté au deuxième tour de scrutin par 7 voix contre 4 à Brigitte Giraud pour Une année étrangère (Stock) et 1 voix à Yannick Haenel pour Jan Karksky (Gallimard, « L’Infini »)

Côté roman étranger, la Suisse se voit doublement récompensée, grâce à Mathias Zschokke et son roman Maurice à la poule édité par la maison genevoise Zoé.

Dans la catégorie des essais, le prix a récompensé Michelle Perrot pour Histoire de chambres (Seuil)

Prix Femina : Gwenaëlle Aubry, Personne

Romancière et philosophe, Gwenaëlle Aubry est née en 1971. Elève à l’ENS et au Trinity Collège de Cambridge, elle est agrégée, docteur en philosophie et chargé de recherche. Après avoir collaboré à divers essais, elle se lance dans la fiction en 1999 avec Le Diable détacheur (Actes Sud). Dès ce premier roman qui dépeint les affres et tourments d’une jeune fille amoureuse d’un homme mûr, se révèle une écriture fine, soignée.

En 2002, avec L’Isolée (Stock), Gwenaëlle Aubry prête sa plume à une jeune femme de 20 ans – qui n’est pas sans rappeler Florence Rey – amoureuse d’un homme révolté par le sort réservé aux sans abris. A sa suite, elle composera L’Isolement (Stock, 2003), un très beau texte sur l’enfermement et la dépossession.

Deux romans qui s’éclairent d’un jour nouveau à la lecture de Personne (Mercure de France). Un récit singulier et émouvant sur son père, François-Xavier Aubry. Professeur à la Sorbonne, spécialiste de la décentralisation, celui-ci a souffert toute sa vie de psychose maniaco-dépressive, maladie qui l’a emporté. A partir du journal qu’il a tenu et intitulé  » Mouton noir mélancolique «  mais également de ses souvenirs, Gwenaëlle Aubry tente de retracer l’histoire éclatée de ce père qui se voyait pirate, clown, SDF. En 26 chapitres, comme autant de fragments d’identités fugaces, à mots retenus, se dessinent le portrait d’un homme complexe et attachant, étranger à lui-même, au monde.

Les prix littéraires, suite

4 novembre 2009

Après le Renaudot de Frédéric Beigbeder, lundi 2 novembre, Grasset double la mise en remportant le prix Médicis grâce à Dany Laferrière et son très beau roman L’Enigme du retour.

Dany Laferrière est haïtien. Son oeuvre l’a emporté au premier tour de scrutin par 4 voix contre 1 voix à Justine Lévy pour Mauvaise fille (Stock) et 1 voix à Alain Blottière pour Le Tombeau de Tommy (Gallimard). Le Médicis étranger a couronné à l’unanimité l’Américain Dave Eggers pour Le Grand Quoi (Gallimard). Quant au Médicis essais, il a été attribué à Alain Ferry pour Mémoire d’un fou d’Emma (Seuil).

Avec Maire Ndiaye et Frédéric Beigbeder, voici un ensemble d’écrivains bien ancrés dans l’identité française…

Roman – La forêt des Mânes- Jean-Christophe Grangé

25 octobre 2009

Roman – Un nouvel opus de Jean-Christophe Grangé, la forêt des Mânes, Albin Michel, septembre 2009.  Depuis « Le vol des cigognes« , son premier roman publié en 1994 chez Albin Michel, inspiré par un reportage, en passant par « Les rivières pourpres » et cinq autres romans, Jean-Christophe Grange applique avec rigueur sa formule : une enquête précise et approfondie, le développement d’une fiction à partir de cette recherche, autour d’un thème qui tourne désormais le plus souvent autour de la folie. Avec un goût non dissimulé pour l’horrible et les pratiques démoniaques.

La Forêt des Mânes est l’application stricte de cette recette. Avec un bel art du conte, de la mise en scène. Une écriture souvent brutale qui va le plus souvent au-devant de l’effrayant et de la frayeur. Ici : la vie d’une juge d’instruction de Nanterre, une série de meurtres assortis de pratiques cannibales. L’autisme pour le versant folie, les épouvantables tortures développées par les généraux argentins durant la dictature…

C’est surtout la métaphore de la plongée dans l’enfer ténébreux de nous-mêmes, le parcours initiatique de Jeanne, l’héroïne, vers la connaissance profonde de soi. Un parcours tempétueux, terrible. Mais au bout duquel elle retrouve la vie après avoir été obligée de tuer le monstre, monstre et fils du père. Illustration d’une des grandes théories freudiennes sur la nécessité de tuer le père pour trouver la vraie vie.

Pour le reste, il ne faut rien raconter de ce livre sauf à le déflorer, et ce serait dommage.

Roman. Adieu Mon ange. Serge Dufoulon

25 septembre 2009

Publication à l’Harmattan du premier roman de Serge Dufoulon. Il est maître de conférence en sociologie à Grenoble et il a eu une vie pas possible. Ce texte, que je connais, est pétri de préoccupations écologiques majeures. GetAttachment

Roman, Nueva Könisberg, Paul Vacca

8 septembre 2009

Philippe Rey, éditeur

Contrairement à l’éditeur qui m’a refusé un projet sur la Justice, au motif que la Justice, ça paie pas dans l’édition, Philippe Rey ne manque pas de culot de publier ce truc de Paul Vacca. Un truc carrément ouf, comme dirait ma petite fille. Ouf avec Immanuel Kant, excusez du peu.

Apparemment, Königsberg, alias Kalinigrad, rend fou. En tout cas, le héros de ce roman, Sébastien, est fou à lier. Du moins, on peut le croire. Presque aussi fou que ces habitants de Nueva Köningsberg qui se sont évadés de la ville natale de Kant en 1944 lors de l’invasion soviétique, pour aller reconstituer quelque part en Amérique du Sud « La » ville de Kant, avec ses sept ponts.

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Par l’effet d’un hasard peut-être malencontreux, Sébastien est obligé de suivre son maître en philosophie, Botul, dans cette étrange réincarnation de Königsberg où tout le monde vit selon l’ordonnance stricte de Kant, vêtements, constructions, tout compris jusque dans le détail. Nous suivons Sébastien dans ce monde bizarre, sectaire, sans savoir exactement s notre héros rêve ou vit comme Kant.