Archive for the ‘roman non francophone’ Category

Roman : le livre des choses perdues

17 novembre 2009

Roman : Le livre des choses perdues, John Connoly, 349 pages, traduit de l’anglais irlandais, Editions de l’Archipel, septembre 2009

C’est en quelque sort un conte de fées pour adultes. Une vraie fantazy à la Britannique. Un conte de fées avec tous les personnages connus des Contes, de Blanche Neige escortés de ses sept nains au Petit Chaperon rouge en passant par la fée Mélusine, la Belle au Bois dormant et d’horribles dragons. Des forêts sombres, des châteaux fantastiques, des souterrains, des chaumières, des chevaliers. Mais un conte de fées où toutes les histoires, tous les personnages seraient détournés de leur essence pour entrer dans des sagas terrifiantes, plus noires que noires.

C’est avant tout l’histoire d’un petit garçon, David, dont la Maman est morte. Il croit l’entendre l’appeler, la nuit. Il décide de partir à sa recherche en passant dans l’autre monde, le monde invisible des peurs, des cauchemars, des légendes maléfiques. On a l’impression de plonger tout droit dans les tréfonds révélés par une psychanlyse, où les terreurs intimes s’incarneraient en personnages improbables. La référence la plus évidente est la mode des bandes dessinées noirs, à la Enki Bilal. L’auteur ne se cache même pas des références psychanalytiques. Il faut aller voir du côté de Bruno Betelheim, et de sa « psychologie des contes de fées ».

C’est aussi l’histoire du passage à l’âge d’homme, qui doit être effectué sans aide, sans appui. Papa et Maman ne sont plus là pour affronter les grandes épreuves de la vie, il faut se débrouiller seul. Je crains que, malheureusement, le livre ne soit un peu rude pour les adolescents. Même si les enfants aiment les « histoires qui font peur ». On peut toujours le leur conseiller, pour les aider à comprendre ce qui les attend dans leur vie d’adulte.

Je ne vous laisserai sur votre faim que sur un point : je ne vous dirai rien du contenu du « Livres des choses perdues » que le héros David cherche éperdument à lire.

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Herta Mueller, prix Nobel de littérature

8 octobre 2009

Une fois sur deux, le jury du Nobel de littérature a le don de nous surprendre, et même de nous prendre à contre pied. C’est le cas pour la germano-roumaine Herta Mueller – orthographiée Müller en français -, née en Roumanie, dans un village de langue allemande, lauréate du prix pour 2009.

She was honored for work that « with the concentration of poetry and the frankness of prose, depicts the landscape of the dispossessed. »

The 56-year-old author, who emigrated to Germany from then-communist Romania in 1987, made her debut in 1982 with a collection of short stories titled « Niederungen, » which was promptly censored by the Romanian government. In 1984 an uncensored version was published in Germany and her work depicting life in a small, German-speaking village in Romania was devoured by readers.

That work was followed by « Oppresive Tango » in Romania.

Rassurez-vous de ne pas la connaître, même si vous êtes un fanatique de lecture : seulement deux de ses livres ont été traduits en français « L’homme est un très grand faisan sur terre » (ed Marrend Sell et Cie, 1994 !) et « La convocation » (Editions Métaillé, 2001). En revanche, en allemand, ses publications sont nombreuses, vous les trouverez certainement à la librairie allemande, rue Rambuteau dans le 2° ardt, en face du Centre Pompidou.

Pour la connaître un peu, voir cet entretien datant de… 1988 !

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Roman : Le Jeu de l’Ange, Carlos Ruiz Zafon

7 octobre 2009

« Le jeu de l’Ange », Carlos Ruiz Zafon, Robert Laffont, juin 2009. 538 pages. Traduit de l’espagnol par François Maspero : je le précise parce que cette traduction est d’une grande qualité littéraire.

Bon, Ruiz Zafon est un ogre de littérature. Bon Ruiz Zafon est et est avant tout un Catalan, bien qu’il vive aujourd’hui comme scénariste à Los Angeles. Bon, il s’inscrit dans la tradition proto-suréaliste de Bunuel, de Dali, de Miro, de Picasso et de tant d’autres Catalans qui ont enrichi toutes les cultures. La Catalane, l’Espagnole, la Française. Au point qu’on a pu oublier qu’ils étaient catalans. Bon, Ruiz Zafon connait sur le bout de ses doigts toutes les ficelles du roman populaire rocambolesque des années 1900 et d’avant, d’Alexandre Dumas à Eugene Sue, en passant par Edgar Poe et d’autres. Ruiz Zafon n’ignore rien des Gothiques et des Mystères de Paris, au point que son roman pourrait parfaitement s’intituler « Les mystères de Barcelone ».

Quand je vous ai avancé de si diverses raisons d’apprécier « Le Jeu de l’Ange » qui se lit très vite bien que vers la fin il soit un peu pesant, je n’ai en vérité rien dit.

Bref rappel de l’histoire, si c’est possible : un jeune écrivain est engagé par un fantôme pour écrire l’histoire romancée de l’histoire des religions. Je vous laisse découvrir les méandres et les rebondissements de ce conte noir plongé dans des flamboiements funèbres, dans une brume de pollution épaisse et blême recouvrant une Barcelone fantasmée des années trente, juste avant la Guerre civile. Réflexion incidente : il faudrait connaitre parfaitement Barcelone pour tout comprendre.

Ce roman est en vérité une méditation sur le sens de la lutte entre l’écrivain et l’ange de la Mort : c’est la métaphore de la création littéraire, du terrible combat que doit mener tout écrivain pour aller de l’avant, pour produire.

Au passage, il nous sert quelques aphorismes philosophiques qui méritent d’être médités. Par exemple :

 » Les gens normaux, écrit-il, mettent des enfants au monde : les romanciers comme moi des livres. Nous sommes condamnés à mourir dans leurs pages, et parfois ce sont eux qui nous ôtent la vie ».

Il soutient que les livres ont leur âme propre qui se transmet de propriétaire en propriétaire du livre, on ne peut échapper à l’influence de cette âme, une influence qui est souvent un poison.

 » [M. Sempere, le libraire] croyait … que tant qu’il resterait une personne dans ce monde capable de lire et de vivre les livres, il subsisterait un petit morceau de Dieu et de vie ».

Ou encore :

 » La justice est une question de perspective, pas une valeur universelle[…] La justice est une maladie rare dans un monde qui n’a pas besoin d’elle pour se porter comme un charme. »

Et, pour en finir :

 » Je ne peux pas mourir encore. Pas tout de suite. J’ai des choses à faire. Après, j’aurai toute la vie pour mourir

Melnitz, roman

11 août 2009

Melnitz, par Charles Lewinsy, Grasset 2008. Traduction de l’allemand.

J’ai lu avec un peu de retard ce gros roman (780 pages, serrées) écrit par l’écrivain suisse allemand Charles Lewinsy. Et j’ai hésité à en rendre compte comme d’un roman. Evidemment, l’apparence est celle d’un roman : il y a une histoire – celle de la famille Mejier, installée dans le canton de Zurich depuis une date non déterminée. Il y a des personnages. Des événements. Et, pour autant, pas vraiment un roman : surtout une série d’épisodes mal reliés entre eux, comme les grains d’un chapelet, « animés » par des figures qui ne vivent jamais vraiment. Ce n’est pas le propos de l’auteur. Il veut surtout nous expliquer l’envers de la société suisse aux 19° et au 20° siècles, une société où l’antisémitisme ne cesse d’affleurer. Et je dois dire que Lewinsky n’y va pas de main morte. Il nous défrise même totalement quant à la soi-disant neutralité de la Suisse, notamment pendant la deuxième guerre mondiale. Elle n’a accueilli les réfugiés qu’au compte-gouttes. Et l’auteur révèle l’émergence d’un mouvement pro nazi, le Front, prêt, peut-être, à accepter une Anschluss des cantons germanophones avec l’Allemagne hitlérienne.

Mais, presque contre sa volonté, Lewinsky a eu une idée : confier le rôle du récitant omniscient à « L’oncle Melnitz ». Un oncle qui présente la particularité d’être mort et de hanter les vivants. Comme si l’écrivain avait appris à écrire un roman en l’écrivant, ce personnage singulier et cette fois réellement romanesque, ne prend son essor que dans le dernier chapitre, après des apparitions passagères ici ou là. Lewinsky a raté une occasion. Mais, je le répète, son propos n’était pas vraiment le roman, cette saga n’était qu’un prétexte pour étaler une face noire de la Suisse.