Cinéma

– Entre les murs, film de Laurent Cantet
24 septembre 2008: J’ai été voir « Entre les murs »
Comme un bon mouton, intello (pas trop) j’ai été voir
le film de Laurent Cantet,
palmé à Cannes, « entre les murs ».
Moins pour y découvrir les monde secret des classes,
je me souviens encore assez bien de quelques années
épouvantables et éprouvantes que ma mère m’a infligé
dans des collèges tenus par les curés, jésuites ou autres, mais pour savoir ce qui a changé. Ou pas.
Pour être clair : je ne suis pas un spécialiste de l’enseignement, bien que j’aie commis naguère un documentaire de 52 minutes (FR3, magazine Vendredi) consacré à la « C’lection par les maths autour des thèses de Stella Baruk que l’on vient de voir resurgir ce mois de septembre dans Le Monde 2.
Je rappelle en un mot l’histoire : un prof, joué par l’auteur du livre « entre les murs », est confronté à une classe aux mœurs plus que rudes.
Et alors ? Eh bien je vois que le monde de l’éducation est toujours aussi fou. Comme hier trop de profs’ craquent pour retourner dans l’univers ordinaire ou rejoindre une quelconque « maison de repos ». Aujourd’hui comme hier, les collégiens sont d’affreux chenapans, prêts à toutes les provocations pour pousser à bout leurs profs. Mais justement : il me semble me souvenir de ce que nous appelions des chahuts et des monômes au cours desquels étaient commis des excès incroyables. En classe et hors classe. Nous avons défoncé une cloison avec les pupitres, mis les profs’ au panier à papier, saboté des années entières quand l’enseignant nous déplaisait. L’insolence était de règle et pratiquée avec ardeur. On se battait dans les murs et hors les murs, on poursuivait les enseignants dans la rue pour les terroriser. Dans la ville de province dont je fréquentais le lycée en Première, à quelques dizaines nous avons saccagé un hôtel pendant un monôme. D’ailleurs, ces « monômes » ont été interdits dès le début des années 1960. Et pas vraiment de différence entre le public et le privé.
Je vois dans ce film quelques « nouveautés ». Il paraît que les collégiens d’aujourd’hui sont encore plus violents que naguère. Peut-être à l’image de la société. Il paraît qu’ils ne savent rien à l’issue de leurs études secondaires. Peut-être à l’image de notre société. Il paraît qu’ils détestent tant les études qu’ils préfèrent se réfugier dans le silence, dans le fond de la classe. Peut-être parce que le système d’enseignement n’est plus adapté.
La plus grande différence entre le temps obscur que j’ai vécu et celui d’aujourd’hui tient en ceci : à l’époque dans les « classes pauvres » n’avaient pas le temps de trouble le bon ordre des classes, on dépassait rarement le niveau du Brevet de premier cycle, les gens d’en bas étaient systématiquement orientés vers ce que l’on appelait l’apprentissage, c’est-à-dire des emplois de bas étage, avec une vague obligation scolaire. Ceux d’en haut allaient chez les Jésuites, au lycée, au pire à l’Ecole des Roches. On n’aurait jamais suggéré qu’ils puissent devenir des hommes et des femmes de peu, et même des voyous.
Je ne suis pas convaincu que les collégiens d’aujourd’hui soient vraiment pires. Dans leur grande majorité ils finissent leur cycle secondaire. Vouloir démontrer que le fait d’être black ou beur te condamne à l’expulsion du système relève du racisme pur et simple.
Cantet et Bégaudeau ne sont pas racistes, ils sont au contraire pétris de bonnes intentions, ils veulent croire en l’école, malgré les dérapages. Mais après avoir bien regardé ce film subsiste un profond malaise. Ces collégiens sont-ils condamnés d’avance ?
Réalisation : Laurent Cantet ;
Scénario : François Bégaudeau et Laurent Cantet ;
Scénariste : Robin Campillo et François Bégaudeau, qui est également l’acteur principal entouré d’une kyrielle d’amateurs, pour la plupart élèves de 4° et de 3° dans le 20° arrondissement de Paris

– “W” , film d’Oliver Stone «W., l’improbable président», bluffant et inquiétant
Il est face à un stade, il baigne dans des applaudissements frénétiques. Ivresse de la gloire. Le visage de Georges W est extatique. Enfin il est plus fort que tous. Plus fort que ses conseillers, plus puissant que ses généraux. Il dame le pion à son père ; Georges Bush, 41° Président des Etats-Unis, qui n’a jamais cru en son fils.
Sauf que le stade est intégralement vide, sauf que les vagues d’applaudissements sont parfaitement virtuelles, elles ne déferlent que dans la tête du Président.
C’est à la fois l’image la plus forte, pour ne pas dire la plus géniale, et la dernière de ce film incroyable d’Oliver Stone, consacré à la vie du 43° Président des Etats-Unis. Un « biopic », une biographie par l’image, pour le moins audacieux.
De propos délibéré, pour ne pas être mal inspiré, mal influencé, pour voir le film, j’ai attendu la défaite de McCain et avec lui des Républicains, et encore avec lui des fous de religion dans le genre Sarah Palin. J’ai bien agi, j’ai pu apprécier mieux.
« W. », c’est en gros l’histoire d’un type qui s’est pris pour un cow-boy , ou peut-être pour un croisé de l’Occident. Un « born again » sous influence d’un pasteur allumé. Mais un type qui n’était même pas un vrai cow-boy malgré ses boucles de ceinturon style western. Faux cow-boy, vrai paresseux, authentique fils de famille. Vous savez un pauvre gosse de riche.
Le film est évidemment tendancieux, Stone ne cache pas son engagement contre les Républicains, sa répugnance des personnages qui manipulent Georges W. , à commencer par le nabot diabolique, Karl Rove, en passant par Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Condolezza Rice, la poupée mécanique toujours souriante et vide de sens. Et même Colin Powell, général vainqueur de la Guerre du Golfe, et le premier Secrétaire d’Etat noir, qui méritait mieux qu’une caricature.
Sans craindre la ficelle parfois grossière, Stone nous permet de comprendre comment un Monsieur Tout le Monde, plus que médiocre ; entêté faute d’être intelligent ; inculte ; farci d’idées ineptes par son maître spirituel le pasteur évangélique ; totalement sous la coupe de ses conseillers dont il ne suit même pas les avis ; comment un tel homme a pu devenir le 43° Président de la plus grande puissance du monde. Il n’est même pas le pur produit de la machine électorale républicaine. Il est quasiment le fruit du hasard, un hasard sans nécessité. Oliver Stone nous donne surtout à voir l’incapacité du personnage, sa panique et même sa peur, ses ibcohérences dans les moments difficiles. En bref le portrait d’un homme qui a tous les défauts, des défauts qui auraient dû l’écarter de la présidence !
Le portrait est cependant plus complexe. Si on peut être dubitatif quant aux interprétations freudiennes qui expliqueraient les décisions les plus aberrantes de W par l’amour-haîne portée à son père, le Grand Georges Bush senior, illustré par un rêve suréaliste assez ridicule, Georges Junior est dessiné comme un gentleman, un homme sincèrement amoureux de sa femme Laura, belle comme le jour mais pour le moins falote, authentiquement fraternel. Enfin, tout n’est pas mauvais chez lui. Sauf qu’il n’était pas bâti pour présider un pays, pour l’entraîner sur les chemins de la Guerre au Terrorisme, contre l’Axe du mal. Des mots dont Stone suggère que ce sont de simples slogans de campagne politique.
En bref, j’ai apprécié. En reconnaissant qu’il faut parfois décrypter le film au deuxième, sinon au troisième degré.
En revanche, les « doubles virtuels » des personnages réels sont éblouissants, et même bluffants. Tous doivent être cités, Elizabeth Banks, Ellen Burstyn, James Cromwell, Richard Dreyfuss, Scott Glenn, Stacy Keach. Mais la palme revient bien sûr à Josh Brolin. Il ne ressemble pas du tout à son modèle. Et pourtant il est plus W que W. Au point qu’on finit par se demander qui est le vrai ou le faux quand une bande d’actualité est insérée dans le film.

– L’Echange, film de Clint Eastwood l’enfer psychiatrique

L’Echange, de de Clint Eastwood (E.U 2008 – 2h20 ) avec Angelina Jolie, John Malkovich, Jeffrey Donovan

Encore une fois on regarde à tort et à travers, on tire donc des conclusions inappropriées, on porte des jugements faux. « L’Echange », le dernier opus de Clint Eastwood, est victime de ces appréciations décalées. On ne voit pas le vrai film, parce qu’on est obnubilé par le Eastwood western, alors que là il s’est engagé dans un vrai combat politique : la dénonciation des techniques barbares du LAPD, le « Los Angeles Police Department »  dans les années 1930, et, au-delà, l’usage scandaleux de la psychiatrie pour ramener dans le droit chemin de la normalité ceux qui sont considérés comme déviants.
Quoiqu’un peu trop classique dans sa forme, et un climat crépusculaire, le film est remarquablement réalisé, avec un grande économie de moyens. Un scénario bien noué, des acteurs excellents. Contrairement à l’opinion de certains critiques, même s’il n’a pas la main vraiment légère, Eastwood n’exagère pas trop la dichotomie entre le bien et le mal absolu qui charpente l’œuvre.
Largement popularisée lors du dernier festival de Cannes, l’histoire est en apparence simple. En 1928, un enfant, Walter Collins, est enlevé alors qu’il est resté seul à la maison. Affolée, Christine Collins, sa mère, tente de retrouver son fils par tous les moyens. Bientôt la police lui apprend que l’enfant a été identifié, on va lui rendre. On lui rend. Mais la mère constate d’emblée que le petit n’est pas le sien. Inutile d’entretenir le suspens : la police a organisé cet échange pour masquer son incompétence. Le capitaine chargé du dossier à la Brigade des Mineurs va tout tenter pour imposer cette solution à la mère. Toujours pour éviter d’admettre que la police a failli dans sa tâche. On découvrira que le meurtrier est un tueur en série, fou, justiciable de l’asile psychiatrique.
Pourtant, au lieu de soutenir Christine, le policier tente de lui imposer sa vérité, et comme elle refuse obstinément, il décide qu’elle sera internée d’office dans un asile de fous. Seul moyen de se débarrasser de cette personne gênante. Il faudra la mobilisation de l’opinion par un pasteur animateur de radio pour qu’elle sorte enfin de cet enfer.
Outre l’intérêt intrinsèque de ce film, je veux attirer l’attention sur cette épouvantable pratique de l’internement administratif d’office, décidée par le préfet, en général à la requête des parents, qui perdure en France. Aujourd’hui, bien sûr. Certes, il faut l’avis de psychiatres et d’experts pour que la procédure soit enclenchée, mais les garanties sont faibles, la protection juridique est vacillante.
Je suis assez bien placé pour le savoir, puisqu’un de mes jeunes amis a été placé d’office au début de ce mois dans des conditions que je considère comme douteuses dans un Hôpital psychiatrique près de Grenoble. Il est coupé de tout contact. Il semble qu’il ne puisse pas assurer normalement sa défense. Comment le considérer comme normal puisqu’il est enfermé ?
La situation ne risque pas de s’améliorer avec les quelques affaires récentes qui ont placé sous une lumière crue, et pour le moins discutable par notre Omni Président, les problème compliqué de la gestion de la folie. Notre société supporte mal l’idée même du dérèglement mental. Nos concitoyens refusent de côtoyer ces étranges malades, et d’accepter un certain niveau de risque. Le nombre d’incidents se compte chaque année sur les doigts d’une main. A comparer aux milliers de morts, aux milliers de blessés dus aux accidents de la route.

Burn after reading, film des frères Cohen, avec Clooney, Malkovitch, Brad Pitt

Une déception

Les frères Cohen voulaient “se faire” la CIA sur le mode de la comédie, appuyés par trois excellents comédiens, Georges Clooney, Brad Pitt – parfaits dans des rôles d’imbéciles indécrottables – ,  John Malkovitch – trop inquiétant pour une comédie -, et quelques autres. Ça devait donner une comédie parfaite, sous le titre de ” Burn after reading” (”Brûler après lecture”), formule sacramentelle accompagnant tous les documents vraiment secrets qui circulent entre les officiers de renseignement, qu’il ne faut jamais conserver. Au centre de l’action : une dame qui cherche par tous les moyens, spécialement par internet, un sponsor pour lui payer les opérations de chirurgie esthétique qu’elle souhaite subir pour retrouver un peu de grâce et de jeunesse.

Naturellement, elle tombe sur une cohorte de barges. Dont au moins un émarge à la CIA – sinon deux ou trois, mais je n’ai pas bien identifié les appartenances des uns et des autres – . C’est le point de départ d’une action pour le moins embrouillée, où très vite on ne sait plus qui couche avec qui et pourquoi. Tous aussi ahuris les uns que les autres : c’est le propos des frères Dohen qui aiment mettre en scène des imbéciles. Les personnages pourraient être drôles, mais hormis Clonney, ils ne le sont guère. Si d’une strict point de vue cinématographique, le film est bien tourné. Mais, malgré la présence au générique de fin d’une chanson consacrée aux “CIA men”, allusion transparente aux “Men in black”, le scénario manque pour le moins de clarté, le rythme est pesant, les gags tombent à plat, même quand ils sont téléphonés. Je n’ai pas rigolé, et pourtant je suis un grand amateur de comédies américaines. Il paraît que des Oscars sont en vue pour ce film : il ne les mérite pas.

– Un barrage contre le Pacifique, film franco-cambodgien, réalisé par Rithy Panh.

– Australia, un film de Barz Luhrman, avec Nicole Kidman… et l’Australie

Plus tard tu comprendras, un film d’Amos Guitaï, à partir d’un roman autobiographique de Jérôme Clément

Nulle part, terre promise, un film d’Emmanuel Finkiel, trois voyages dans l’Europe en crise, au cinéma à partir du 1er avril

Un film d’Emmanuel Finkiel, Prix Jean Vigo, Festival de Locarno, sélection officielle. Présenté le 23 janvier comme ouverture au Forum des Images d’un nouveau festival, “Un état du monde… et du cinéma” soutenu notamment par rue89. FRANCE – Fiction – Couleur – 1h34 – Avec Elsa Amiel, Nicolas Wanczycki, Haci Aslan, Haci Yusuf Aslan, Abdurrahim Apak, Joanna Grudzinska.

Vous prenez trois groupes de personnages en principe sans rapport entre eux : un cadre sup français chargé de la délocalisation en Hongrie d’une usine de réfrigérateurs : la délocalisation étant entendue comme le paradis des entreprises à la recherche des bas salaires ; trois clandestins kurdes qui franchissent les frontières d’Europe pour atteindre le paradis britannique, de l’autre côté de la Manche. Et une étudiante, peut-être anglaise, qui explore l’Europe de la crise, en filmant tout ce qui tombe sous son regard, de la France à la Hongrie en passant par l’Allemagne. Vous battez les cartes, vous les installez dans des fonds de décor nocturnes et glauques inspirés des graphes urbains, hantés par des chauffeurs de camions bulgares, des futurs chômeurs français, des ouvrières hongroises au rabais, des clodos.

Et vous obtenez un film subtil racontant les trois voyages des personnages dans cette Europe désarticulée. Planqués dans des camions ou dans des trains, les Kurdes pourchassés par les flics courent d’étape en étape du fin fond de la Turquie au bord de la Manche, à Calais. Deux adultes, et un gamin superbe, à la fois candide et apeuré, images de la désolation et d’une volonté farouche de s’en tirer. Arrogant, futur directeur de l’usine délocalisée, le cadre sup assiste au démantèlement de l’usine en France sous les huées des ouvriers, il assiste encore à sa réinstallation en Hongrie, et, peut-être il commence à comprendre. Quant à l’étudiante, lien entre tous, elle court ici et là. Avec sa mini caméra numérique elle filme les ouvriers, elle filme les pauvres. Pas parce qu’ils sont pauvres, mais parce que leurs images sont fortes. A Budapest, après une soirée agitée, elle rencontre un couple d’ouvriers avec lesquels elle se lie d’amitié. Elle, enceinte, travaille dans un atelier déjà opérationnel de l’usine délocalisée. Les Kurdes se planquent dans les camions derrière des marchandises entassées, des produits pas cher pour l’Europe prospère. Ils survivent, et le gamin demande : quand est-ce qu’on prend le bateau ?

Très beau film, presque esthétisant dans sa volonté de transcrire au cinéma le monde des grapheurs. Un film très subtilement construit, magnifiquement interprété, alors que la plupart des comédiens sont des non professionnels. Evidemment, les histoires ne sont pas très réjouissantes. Encore que la solidarité entre les uns et les autres réchauffe le coeur. Sobre dans le propos : Finkiel ne donne pas dans l’émotion larmoyante. Et pourtant l’émotion est sans cesse présente. On comprend mieux l’état de la crise. Il n’y a pas de terre promise.

– Les Insurgés, un film réalisé par Edward Zwick.

un film (américain) réalisé par Edward Zwick. Avec : Daniel Craig , Liev Schreiber , Jamie Bell …
Zwick applique son savoir-faire ( plus que son talent) à une histoire incroyable et pourtant vraie, où trois frères presque malgré eux deviennent les symboles de la résistance face aux Nazis, en menant vers la liberté dans la forêt glacée  une tribu juive perdue. En juillet 1941, la Biélorussie est envahie par les troupes d’Hitler. Tuvia, Asaël et Zus Bielski sont résolus à ne pas attendre la mort qu’ils sentent inéluctable, ils décident de s’enfuir dans la forêt. Au départ constitué d’une poignée d’hommes, le groupe des frères Bielski devient en quelques mois un détachement de partisans juifs qui aide les juifs à s’évader des ghettos. Les Soviétiques les aident un peu. Juste ce qu’il faut…
La mise en scène veut nous prendre aux tripes. Elle entend démontrer combien la vie dans un monde devenu barbare affirme son droit, même dans les situations les plus désespérées.
Malheureusement, cette belle histoire est mal servie par une mise en scène  ampoulée, une réalisation très statique, un scénario émaillé de poncifs. Le réalisateur désire que nous partagions l’angoisse de cette odyssée dans les forêts biélorusses enneigées, on ne marche pas avec ces fugitifs assimilés à leurs ancêtres de ” l’Exode ” : les allusions à la Bible sont lourdes, les ficelles mélodramatiques sont grosses. Ainsi, les derniers épisodes se déroulent le jour de Pessah, la fête du Grand passage.

On ne s’embête pas, parce que les combats bien réglés menés par les  partisans ne cessent pas. Mais le film passe à côté de son sujet : comment une communauté parfaitement civilisée peut-elle survivre face aux temps barbares ?

Les noces rebelles (Revolutionnary Road), un film réalisé par Sam Mendes. Avec notamment Leonardo Di Caprio , Kate Winslet.

Réalisé par : Sam Mendes. Avec notamment Leonardo Di Caprio , Kate Winslet.
J’ai aimé ce film courageux, critique acerbe de la vie de bourgeois pas si modestes que ça, dans une banlieue banale, dans les années 1950. Revolutionnary Road est une voie tranquille dans un lotissement tranquille d’une grande banlieue tranquille de New-York, probablement  dans la vallée de l’Hudson. Quand vous passez là, et ça m’est arrivé cent fois, vous ne voyez que calme, sérénité, beauté. Beauté et des maisons et de leurs habitants. De loin, ils vous présentent un visage lisse et sans histoire aucune. Le visage du rêve américain. American dream, plutôt. Les cadres et leurs familles qui peuplent ces quartiers peuvent tout espérer de l’avenir, comme Franck et d’April Wheeler. Nous sommes en 1955, comme le rappelle un calendrier. Ancien combattant, Franck a participé à la campagne de France en 1944-1945, il a un peu plus de trente ans, il est commercial dans une grande société de services de Manhattan. Il est décontracté comme un jeune,  apprécié dans sa boîte, élément d’avenir. April s’est essayée sans grand succès au théâtre ; puis elle a eu deux enfants, une fille et un garçon ; puis elle a accepté de ne pas travailler. Pour les voisins les Wheeler forment un couple merveilleux.

Mais sur cette belle histoire pèse une hypothèque, un problème bien circonscrit par les sociologue sous le nom du “syndrome des Veuves vertes” (green widows) qui vient bouleverser cet ordre. April s’ennuie, de façon irrémédiable. Elle imagine un stratagème pour casser cet ennui: elle décide que  la famille partira s’installer en Europe. Elle travaillera, Franck vivra sa vie. Et tout de se mettre en place. Il prépare sa démission, elle rêve de devenir secrétaire dans une institution internationale fixée à Paris, OTAN ou OCEDE. Un malade mental fils de leur agent immobilier pointe l’incongruité du projet. Mais Franck se laisse convaincre, en traînant un peu les pieds, en couchaillant à droite et à gauche pour “redevenir un homme”. Il redevient si bien un homme que dans un moment d’enthousiasme égaré il fait l’amour sans précaution à sa femme. Elle “tombe enceinte”. C’est la catastrophe. Elle s’entête dans son projet considéré comme “fou” par les amis et les voisins.  Elle veut avorter. Et tout dérape. En bon Américain moyen de ce temps, Franck refuse absolument cette solution. Elle décide de “s’opérer” seule. Et ça se passe mal. Elle meurt. Point. La vie va reprendre avec son cours d’ennui, même si Franck a pris du grade dans sa boite. Le rêve américain peut se poursuivre.

Dans ce film dont le scénario est d’un rare classicisme, tout tient dans la mise en scène, dans la description subtile des rapports au sein du couple et avec leurs voisins et amis, pas toujours désintéressés. Les dialogues ressemblent certes un peu trop à du théâtre, mais la situation l’exige, d’autant plus que le réalisateur s’amuse à parodier les films des années 1950. Tout tient surtout au jeu des comédiens : Leonardo Di Caprio surprenant de qualité, et Kate Winslet, qui est dans la vie l’épouse de Sam Mendès, nous aide à suivre pas à pas la dégradation désespérée de son personnage. Un personnage noyé dans l’hypocrisie et dans la grisaille de la banlieue américaine. Une banlieue que nos promoteurs français se sont efforcés d’imiter, point par point : belles maisons neutres dans des lotissements neutres, loin de tout. Sauf de la routine. Sauf de l’ennui qui peut tuer. La plaie des banlieues.


Face à ces éblouissantes prestations, oubliez surtout que Leonardo Di Caprio et Kate Winslet ont été le couple emblématique du film Titanic.

Mais quelle bizarre idée d’avoir choisi le titre inepte et dénué de sens “Les Noces rebelles” à la place du titre original qui lui était très précis, relevant presque de l’anthropologie : Revolutionnary Road ?

Télé – F 5- 1945, France Année zéro 30 mars 2009

En toute franchise, je ne regarde la télévision que quand ma femme me les suggère (avec insistance) en me signalant une émission intéressante.

Donc je me suis retrouvé planté devant “le poste”, hier soir lundi, France 5, pour regarder “1945, France année zéro“. Une rediffusion de 2005. Un film de mon ami et premier éditeur Alain Moreau, réalisation Patrick Cabouat.90 minutes, rediffusion le 8 avril à… 1 h 25.

Dans notre mémoire, la Libération est une fête formidable, une ivresse, magnifiée par le film de Claude Lelouch, “Les Uns et les autres” avec la fameuse valse de Francis Lai et le boléro de Ravel.

Le film d’Alain Moreau nous donne à voir une toute autre France qui gère aussi mal que possible sa participation à la victoire des Alliés. On est loin de l’unanimisme joyeux. Le Général De Gaulle a imposé la présence de la France dans toute la phase finale. Mais à Paris, la politique politicienne supplante l’esprit unanimiste de la résistance.

Tandis que le rationnement perdure, tandis que la reconstruction commence dans la douleur, on se bat déjà entre Démocrates chrétiens, socialistes, résistants de la dernière heure, gaullistes, communistes.

Qui prendra le pouvoir ? Qui assumera la terrible responsabilité des guerres coloniales dans lesquelles s’embourbera la France pendant dix sept ans ?

De Gaulle sera chassé par la coalition des politiciens traditionnels ; les communistes seront évincés, rideau de fer oblige. Sous le regard bienveillant du Président, potiche de l’Elysée, les MRP, SFIO et autres radicaux se perdront dans les méandres d’une vie politique attristante.

Le film est bien réalisé, sans temps morts, sans ces interminables “entretiens” qui minent ce genre de documentaire, les documents d’époque en couleurs sont choisis de façon judicieuse. 1945, France Année Zéro est une belle leçon d’histoire critique, loin de l’agiographie. A ne pas rater lors de la nième rediffusion, en avril.

La fille du RER – André Téchiné

Un film d’André Téchiné. Durée : 1h 45min, avec Catherine Deneuve, Michel Blanc, Emilie Dequenne

Téchiné prétend éviter tout propos politique. Mais le propos politique n’est jamais si fort que quand on affirme l’éviter. Dans ce portrait d’une jolie et charmante menteuse prise dans l’engrenage d’une construction médiatico-politique, André Téchiné nous donne une magistrale leçon de morale politique, avec un plongeon dans un monde presque en marge : une ménagère de cinquante ans sans boulot régulier enfermée dans sa banlieue genre “93″ petit bourgeois sous les lignes du RER ;  sa fille à peine sortie de l’adolescence, au chomdu, elle aussi ; son copain qui l’a draguée en filant comme le vent sur des rollers, lui aussi au chômage, et un peu trafiquant pour survivre. Et de multiples personnages secondaires et importants, un avocat de renom, sa femme israélienne, son fils nullissime sympa, son petit fils qui “reçoit autant de claques que de baisers”… On connaît l’histoire : celle de cette nana qui pour se rendre intéressante, a imaginé de raconter qu’elle avait subi une agression antisémite. Mensonge, bien sûr.

Pourquoi, comment… Pourquoi est-elle tombée dans cette affabulation ? Comment s’en est-elle mal sortie dans l’immédiat, pour devenir une vraie femme. Une histoire d’initiation un peu brutale à la vie.

Récit délicat, malin, beau. Avec cet art incomparable de Téchiné de nous donner à voir ce qu’il y a dans la tête des jeunes. Des jeunes pleins de grâce, même quand il s’agit d’un petit voyou, même quand c’est une fieffée menteuse. Ils sont beaux, ils sont vivants, ils existent. Que peut-on écrire de mieux ? Et Catherine Deneuve me bluffe encore. Quelle comédienne, quelle bonne femme, quelle sensibilité !

– Black, Réalisateur: Pierre Laffargue, Auteurs:    Pierre Laffargue, Lucio Mad & Gábor Rassov
Dates de Sortie: Jui 31, 2009 à Montreal -tentative, Aoû 21, 2009, Toronto – Québec – Sherbrooke –
L’histoire : Black, un braqueur d’origine sénégalaise ayant toujours vécu en France, vient de subir un échec cuisant avec son dernier coup sur lequel il a perdu tous ses hommes. Il songe sérieusement à se reconvertir quand son cousin Lamine l’appelle de Dakar : une mallette qui contient un bon poids de diamants de contrebande a été déposée à la banque où il travaille. C’est un coup qui devrait être facile, super facile même, pensent-ils. Ni une ni deux, Black monte une équipe et vole vers l’Afrique, où il met les pieds pour la première fois. Mais ce qu’ils n’ont pas calculé, c’est que plusieurs autres sont aussi sur la trace de ces diamants, dont le directeur véreux de la banque, un trafiquant d’armes atteint d’un psoriasis purulent, une bande de mercenaires tchétchènes et une agente d’Interpol. Avec une bande sonore des plus funky, BLACK promet un maximum d’action teinté de comédie et de mysticisme.

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