Des rois mages au FBI en passant par le cinéma américain

12 janvier 2010

Par hasard, j’ai regardé un documentaire télé et assisté à une conférence apparemment sans rapport l’un avec l’autre. Je vous ai parlé du documentaire diffusé sur Arte, consacré aux Rois mages, et à leur utilisation dans l’histoire. La conférence était présentée lundi soir par Philippe Hayez à Sc Po, dans le cadre du METIS, un groupe de recherche lié à l’Ecole de la rue St-Guillaume : elle était consacrée à la place et à l’utilisation des « espions » et des « ennemis » dans le cinéma américain, notamment dans l’immédiat après deuxième guerre mondiale. On y a beaucoup parlé d’Henry Hathaway – en particulier de son film « La maison de la 92° rue » -, de Samuel Fuller, du FBI et surtout de la série des James Bond et du propos singulier de Ian Fleming, une série qualifiée par l’un des intervenants comme des « contes de fée pour adultes ».

Vous ne voyez toujours pas le rapport. Il est pourtant simple : les rois mages et les films dits d’espionnage, et tout particulièrement les James Bond, apparaissent comme de purs outils de propagande. A travers les images des uns et des autres, on tente de désigner et de détruire l’ennemi. Cet emploi du cinéma est flagrant dans tous les films américains plus ou moins liés aux questions de guerre dans les années 1940 et 1950. Même les petits cochons de Walt Dysney avaient été mobilisés.

Cette conférence était la quatrième et dernière consacrée à l’espionnage. La série suivante portera sur le contrôle parlementaire des services de renseignement, une question que j’ai largement évoqué dans mon livre « Dans le secret des Services ».

Et, pendant que j’y suis : je vous conseille de regarder sur Canal + le 5 février à 22 h 25 : En bonne intelligence, espions et cinéma français », un documentaire de Jérôme Chauvelot

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Télévision : les rois mages, agents de propagande ?

11 janvier 2010

Arte nous a servi le vendredi une de ses très grandes émissions dont elle a le secret : spectacle, information, réflexion. Les Rois mages étaient cette fois-ci la cible. Tout sur les rois mages, omniprésents dans l’imaginaire chrétien, et non moins quasiment absent de la saga évangélique, hormis une douzaine de lignes dans l’évangile de Mathieu.

Tout sur les rois mages, et surtout sur leur manipulation, sur leur utilisation à travers les siècles par l’église catholique comme agents de propagande. Le commentaire n’hésitant pas à qualifier d’affabulations les récits qui nous ont toujours été servis par l’Eglise. En bref, les Rois mages n’ont jamais existé, mais ils ont beaucoup servi.

C’est surtout l’occasion de montrer une somptueuse iconographie. Le vrai miracle des Rois mages n’est-il pas d’avoir suscité une oeuvre artistique aussi prolifique, aussi belle ?

Un derneir moint

Roman : courts circuits, Alain Fleisher

4 janvier 2010

Courts circuits, roman, Alain Fleisher, Editions du Cherche Midi ( billet « in progress », en construction)

On doit se laisser submerger par ce texte étonnant, sans queue ni tête, mais emporté par le tourbillon et la magie du mot et d’histoires improbables… On court de l’une à l’autre, on saute de la Tchéquie à l’Amazone en passant par l’Italie, le Mali et Londres, la Hongrie et la Californie. De la petite pute assassinée au professeur de pédiatrie de Stanford, du vieux tailleur hongrois oeuvrant au fond de sa boutique dans une ville perdue de Tchéquie, de l’aventurier pianiste égaré dans la forêt équatoriale, du missionnaire québécois violant une morte… Toute une vie, tout un univers. Des personnages toujours profondément vivants même quand ils ne sont esquissés qu’en quelques lignes. Au menu humour ravageur, autodérision, un pessimisme profond sur l’espèce humain. Sur toutes les espèces.

C’est un gros bouquin, on l’observe comme un gros bouquin, on est un peu effrayé. Et voici qu’on plonge,, qu’on ne peut plus s’en sortir, on est soulevé par les vagues tumultueuses

Document : métier de chien

29 décembre 2009

par Marc Leboutin. Editions Privé. Probablement non disponible à la vente, retiré du commerce par le nouveau propriétaire des Editions Privé, naguère animées par Guy Birenbaum.

Leboutin a été officier de police. Il a tenté de raconter avec honnêteté sa vie de flic au quotidien, observant que « la plupart des ouvrages sur la police ne parlent jamais vraiment du quotidien. Souvent écrits par des auteurs soucieux avant tout de leur propre mise en scène ». Ensuite, les chapitres s’enchaînent sans fioritures.

Propos initial : dès l’année 2002, Marc Louboutin assiste à une invasion étrange. Des  » Nicolas  » apparaissent partout. L’auteur se souvient alors qu’il a été, dans une autre existence, officier de police durant seize ans. Il a travaillé à l’époque à Paris, Chambéry et Quimper. Mais un jour, il a décidé de rendre les armes et de démissionner. Fin 2006, Marc Louboutin prend l’un de ces  » Nicolas  » par la main et replonge avec lui dans son passé.
Pour qu’au-delà du mot  » sécurité  » chacun comprenne enfin ce que le métier de policier peut signifier, en matière d’horreur, de violence, de reniement de soi, d’éducation… De l’arrestation d’une balle en pleine tête d’un  » ennemi  » public à la fréquentation quotidienne de dealers porteurs d’une mort opiacée, en passant par-dessus les cadavres, Marc Louboutin nous décrit ce métier de chien qui fut le sien.
De ce voyage, on retiendra que rien ne se passe comme on l’affirme dans les discussions de salon, on apprendra qu’un policier doit parfois violer la loi pour la faire respecter. Qu’un bon commissaire, pour l’administration, n’est pas toujours celui qui dit la vérité. Et surtout que les héros de la sécurité sont aussi parfois des victimes.

Après avoir quitté la police, Leboutin est devenu journaliste, chroniqueur de voyages. Puis rien du tout. Aujourd’hui il anime sur Facebook une page où peuvent s’exprimer les policiers, et il est, à l’occasion, consultant en sécurité.

Si vous trouvez sur le marché de l’occasion un exemplaire disponible, précipitez-vous.

Le musée du Palais du Luxembourg fermé en 2010. Provisoirement ?

28 décembre 2009

Le Parisien révèle que le Musée du Luxembourg sera fermé le 17 janvier à l’issue de l’exposition en cours consacré à Tiffany.

Le 1er juillet, le président du Sénat, Gérard Larcher, avait annoncé qu’il mettait fin à l’exploitation du Musée du Luxembourg, dans le 6e arrondissement de Paris, par la société SVO Art. Deux expositions en préparation, dont une sur « Les bateaux et les impressionnistes », sont annulées. Depuis 2000, la société SVO Art a organisé dans ce musée du Sénat de nombreuses expositions à succès. Aucune nouvelle ne sera organisée en 2010, mais le Sénat espère rouvrir, « sans doute au début de 2011 », avec un nouveau repreneur. Les 25 salariés du musée, et les 75 postes induits par son activité, seront licenciés.

Le Sénat entend exercer un contrôle plus étroit sur ce musée. Il a lancé un appel d’offres en vue d’établir une délégation de service public (DSP) pour l’exploitation du musée. Mais « les conditions de l’appel d’offres sont trop contraignantes », estime un employé interrogé par Le Parisien, qui donne comme exemple le fait que le nouvel opérateur devra prendre à son compte l’entretien des lieux et que les tarifs d’entrée devront être plus bas. En attendant,

Blake et Mortimer : la malédiction des trente deniers

28 décembre 2009

BD – Jean an Hamme, René Sterne, Chantal de Spiegeleer –  Novembre 2009 – Editions Blake et Mortimer –

C’est l’un de mes cadeaux de noël, et je ne résiste pas à l’amusement de vous rendre compte de cette belle BD, dans le plus pur style de la « ligne claire » belge. Vous voyez que je suis toujours aussi peu sérieux.

L’histoire est organisée autour des personnages inventés par feu Edgar P. Jacobs. Le scénario a été amorcé par René Sterne, relayé après son décès subit par sa femme Chantal de Spiegeleer. C’est le sixième album consacré au duo depuis la mort d’Edgar P. Jacobs.

La recette est toujours identique : un grand méchant abominable – évidemment un nazi échappé de l’enfer – menace le monde pour prendre sa vengeance. Cette fois grâce au pouvoir considéré comme maléfique des « trente deniers de Juda », prix reçu par l’apôtre félon pour sa trahison, retrouvés par hasard lors d’un tremblement de terre en Grèce. Le capitaine Francis Blake, l’officier des services britanniques et le professeur Philip Mortimer ont pour mission de neutraliser l’atroce nazi, Rainer Von Stahl, alias Belu Beloukian.

La documentation est impeccable, le scénario est bien ficelé mais nous laisse sur notre faim puisque cet album n’est que le premier volet d’un diptyque. La dernière image nous montre Mortimer abandonné sur un dinghy sans rames au beau milieu de la Méditerranée. Deuxième déception, et de taille, celle-ci, le capitaine Blake n’apparaît que de façon fugitive au début de l’album. Ensuite, exit. Espérons qu’on le reverra dans le deuxième partie de cette histoire.

Roman – Démon – quelques éclairs géniaux dans un magma

2 décembre 2009

Démon est un roman écrit par Thierry Hesse, aux Editions l’Olivier.

A côté de quelques scènes fascinantes, parmi lesquelles une formidable description de la mort de Staline, ce roman est une sorte de fatras, un pantin désarticulé. Il ne raconte pas une histoire, mais, trop souvent il se contente d’étaler des connaissances qui semblent pompées sur Google ou dans des livres d’histoire trop vite avalés. C’est tout et n’importe quoi : un procès aux Assises à Caen, d’improbables reportages sur des inondations – il doit se nicher quelque part un symbole philosophique que je ne saisis pas -, des scènes de guerre à Grozny, une visite au site du Vel d’Hiv, rue Nelaton à Paris. Dont l’auteur semble ignorer qu’il a été longtemps occupé par la police, la DST. Sa vision du métier de grand reporter serait hilarante si elle n’était pas si fausse… Il est peut-être bien documenté, mais pas là où il faut, ni quand il faut.

Candidat au Goncourt ? Le jury serait tombé plutôt assez bas tant ce texte sans queue ni tête est éloigné de la conception même la plus basique de l’art romanesque. Son portrait de « reporter » prouve à tout le moins que ce professeur de philosophie entretient une vision assez singulière de ce métier. L’égal de Tolstoï, est-il suggéré sur la 4° de couverture !

Quel dommage d’avoir raté un si beau thème de roman : aller à la découverte d’un père qui n’a jamais parlé, pourquoi n’avoir pas parlé avant son suicide ; enquête sur ses parents venus de nulle part. Hesse a préféré se rouler dans le chicheton, comme on dit se rouler dans la boue. En vérité, je suis même furieux de voir des critiques considérer ce truc comme de la bonne littérature.

La vérité est que Thierry Hesse est peut-être un bon prof de philo, mais pour le moment un écrivain pas encore devenu. En tout cas à des années lumières de Tolstoï et de Dos Passos dont il revendique l’héritage.

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Roman – Le testament syriaque – Barouk Salamé

1 décembre 2009

Rivages-Thriller, Editions Payot février 2009 –

Ce testament syriaque, ce sont 522 pages pour un pseudo thriller particulièrement alumé. Dans tous les sens du terme, car on passe son temps là-dedans à s’allumer par toutes les armes possibles, du taser au fusil à fléchettes, du bon Manhurin des familles à toutes sortes de pistolets mitrailleurs, sans oublier différentes formes de poignards. Car l’auteur – qui écrit sous pseudo – est peut-être avant tout un excellent connaisseur des armes de poing. Mais aussi, fort probablement, un véritable expert en islamologie ancienne avec ses prolongations dans les différents mouvements fondamentalistes qui essaiment dans le monde.

En vérité, l’islamologie est le vrai sujet de ce gros bouquin bien écrit, qui se lit vite, même si un excès d’érudition peut parfois rebuter.

Les thème central est heureusement simple : une journaliste minable et famélique ramène de Tambouctou un grimoire, un codex aux pages en papyrus, écrit dans une langue qui paraît étrange : le syriaque, une variété de l’araméen pratiqué au Proche-Orient durant des siècles. Et le déchiffrage du document laisse penser qu’il s’agit du « testament de Mahomet », qui est réputé de pas en avoir laissé derrière lui après sa mort. A partir de ce schéma simple se développe une intrigue échevelée dans laquelle on voit différents groupes chercher à s’emparer du document ; d’autres à le détruire parce qu’il serait iconoclaste… En bref, la lutte finit par mettre Paris à feu et à sang.

Mais l’intérêt véritable du bouquin est dans l’analyse extraordinairement fine de l’Islam actuel, et de l’Islam des origines, qui explique les guerres sans merci que mènent les sectes musulmanes. Où l’on découvre en particulier que la doctrine de l’Islam ne serait qu’un avatar du judaïsme transmis par le christianisme ancien. La thèse est très fortement argumentée, on comprend vraiment les mécanismes de fonctionnement des innombrables factions qui mettent le feu au monde. Comme manière de nous initier, c’est très malin : jamais je n’aurais acheté un ouvrage théorique sur l’évolution de l’Islam. Là, j’ai été obligé de lire.

Une citation, qui répond à la question : qu’est-ce que nous apportent les gnoses chrétiennes, juives et musulmanes :

 » Le sens du relatif et beaucoup de richesses. Ne pas croire que le monde commence avec nous sous prétexte que l’on possède la dernière [foi ? Croyance ]. Révélation, enrichir sa foi avec des intuitions venues d’ailleurs. Permettre aux traditions religieuses de se mirer les unes les autres ».

C’est assez énigmatique pour rendre inévitable une lecture approfondie de ce texte étrange.

Un écrivain sympa et gonflé : Mordillat

26 novembre 2009

Gérard Mordillat est un écrivain sympa et gonflé, il en reste. BiblioObs nous révèle son choix

Xavier Darcos devrait remettra le 7 décembre prochain le premier «prix littéraire du roman d’entreprise». Parmi les trois finalistes de la sélection figure Gérard Mordillat, pour «Notre part des ténèbres» (Calmann-Levy). Mordillat n’y va pas par quatre chemins.

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«Je n’irai pas à la remise du prix, d’une parce que je suis dans les finitions de ma série «Les Vivants et les morts» (8×52′ d’après mon roman pour France 2 et Arte) et de deux parce que je ne veux pas être dans l’obligation de serrer la main – même au titre de simple politesse – à un membre d’un gouvernement qui s’enorgueillit d’avoir un ministère du racisme et de la xénophobie, qui stigmatise les chômeurs comme des feignants et les salariés comme des privilégiés, qui taxe les indemnités des accidentés du travail etc, bref qui développe une philosophie facho-libérale que tout en moi réprouve, que tout en moi combat.

Mais a-t-il vraiment le droit de s’exprimer ?

Document : histoire secrète du patronat

26 novembre 2009

Document : Histoire secrète du patronat, sous la direction de Benoît Colombat et David Servenay, Ed La Découverte. 719 pages. Index, sources

C’est un énorme pavé, à la hauteur de son ambition. Bien qu’en principe – et peut-être par principe – je sois plutôt hostile aux livres collectifs, l’ampleur du sujet nécessitait des collaborations multiples si on voulait mener à bien le sujet. Ils sont donc cinq à s’être répartis le travail, Colombat et Servenay, bien sûr, qui ont non seulement écrit mais en plus rendu cohérent et lisse l’ensemble, puis Frédéric Charpied, Martine Orange et Erwan Seznec.

Mais le désagrément du système d’exposé par article s’efface vite tant les enquêteurs ont su trouver des perles incroyables. Ce n’est pas une histoire, mais bien une véritable encyclopédie des turpitudes commises par la patronat français de 1945 à aujourd’hui.

Il est évidemment impossible de tout citer. Aussi, de propos délibéré j’ai choisi de braquer le projecteur sur la manière utilisée par le patronat français pour recruter sa main d’oeuvre à très bon marché (au lieu de moderniser l’outil industriel) en pillant litéralement les pays voisins. Indifférent aux objurgations des gouvernement voisins, du Portugal, d’Italie, d’Espagne ; puis bientôt d’Algérie et du Maroc ont été recrutés des dizaines de milliers de travailleurs. De façon assez étonnante, au lieu de se fier à des procédures légales qui auraient permis aux arrivants de bénéficier de droits majeurs, on a « organisé l’immigration clandestine. Cette clandestinité contre laquelle certains édiles protestent tant aujourd’hui : eh bien, le patronat est à l’origine.  Mais pas de surprise, quand la conjoncture s’est retournée en 1973, après le premier choc pétrolier, les immigrés sont repassés  au statut de détestables clandestins. Belle enquête d’Erwan Seznec. Avec juste une critique : il a oublié de citer les rôles de Jacues Chirac et d’Edouard Balladur dans cette opération.